Amélie Nothomb (Portrait)

JUILLET 2016

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Un roman par an. Depuis 1992, année de sortie de son premier ouvrage, « Hygiène de l’assassin », Amélie Nothomb ne déroge pas à cette règle. Un roman par an, pas un de plus, pas un de moins, même si des bruits courent que l’auteur en écrirait trois par an. Ceci étant dit, réjouissez-vous, le 25e et dernier roman d’Amélie Nothomb, « Riquet à la houppe » sera dans toutes les librairies dès le 17 août.

 

Ces yeux malicieux, ces lèvres rougies, ce sourire timide et ces mots, ces pages que l’on dévore frénétiquement. Une fois qu’on a goûté au style d’Amélie Nothomb, on ne peut s’en passer. La joie de la sortie d’un roman, toujours aux éditions Albin Michel, l’écrivain est fidèle à sa maison d’édition autant qu’à ses fans, laisse très vite place à l’impatience. L’auteur belge, aussi mystérieuse qu’excentrique diront certains, il faut dire qu’elle a parfois accordé des interviews dans des cimetières ; n’est pas dans la production de masse. Un roman par an, c’est déjà bien suffisant. Sa méthode ? Elle écrit tous les matins, pendant environ quatre heures, et ce à partir de 4 heures du matin, avec un crayon bille sur un cahier d’écolier. C’est ainsi depuis la publication de son premier ouvrage « Hygiène de l’assassin ». Elle n’avait alors que 24 ans. Vouée à devenir traductrice japonaise, son père étant ambassadeur de Belgique, elle a passé une partie de son enfance au Japon ; en 1992, alors qu’elle grattait le papier depuis quelques années déjà, elle se lance et rencontre très rapidement le succès. Elle remportera les prix René-Fallet et Alain-Fournier, sept ans plus tard, « Hygiène de l’assassin » sera adapté au cinéma. Suivront cinq romans (« Le Sabotage amoureux », « Les Catilinaires », « Péplum », « Attentat », « Mercure ») avant la publication en 1999 de « Stupeur et tremblements » récompensé, entre autres, du grand prix du roman de l'Académie française. Ce roman autobiographique qui raconte l’expérience déroutante qu’Amélie Nothomb a connu alors qu’elle travaillait dans une grande entreprise japonaise, s’est vendu à plus de 500 000 exemplaires et a été porté au cinéma en 2003 avec Sylvie Testud dans le rôle principal. Cet aspect autobiographique, qu’il soit réel ou fictif car la polémique n’en finit plus à ce sujet-là, se laisse découvrir dans chacun des romans d’Amélie Nothomb. La femme de lettres belge s’inspire de son vécu, de ses rencontres, il faut dire qu’elle est douée d’une mémoire eidétique. « Pétronille », son 22e roman en est la parfaite illustration. La rock star de la littérature relate sa rencontre avec Pétronille Fanto lors d'une dédicace dans une librairie. Rapidement, elle sent que cette personne est différente de ses autres lecteurs, un certain charisme s'en dégage, et Nothomb, buveuse de champagne qualifiée, se dit qu'elle pourrait enfin avoir trouvé celle qu'elle convoitait : une compagne de boisson afin de goûter à l'ivresse non plus solitaire mais en couple. La solitude est d’ailleurs un thème qui revient dans l’œuvre d’Amélie Nothomb. Parce qu’elle avoue volontiers, en avoir peur tout autant que de l’abandon. Son amie, la chanteuse Robert qui lui a inspiré son dixième ouvrage, « Robert des noms propres » dit d’elle que, et ce malgré ses cinquante printemps, « c’est une enfant qui ne grandira jamais ».

 

 Extrait de « Riquet à la houppe » par les éditions Albin Michel

« Enceinte à quarante-huit ans pour la première fois, Enide attendait l’accouchement comme d’autres la roulette russe. Elle se réjouissait pourtant de cette grossesse qu’elle espérait depuis si longtemps. Quand elle en avait pris conscience, elle en était au sixième mois.

-Enfin, madame, vous n’aviez plus vos règles ! dit le médecin.

-A mon âge, ça me paraissait normal.

-Et les nausées, la fatigue ?

-Je n’ai jamais été très bien portante.

Le docteur dut admettre que son ventre à peine rond n’était guère significatif. Enide appartenait à cette génération de femmes si petites et graciles qu’elles ne paraissent jamais des femmes et passent brutalement de l’état d’adolescentes à celui de vieilles petites filles. »

 

« Riquet à la houppe » aux éditions Albin Michel en librairie à partir du 17 août 2016.