André Manoukian

JUIN 2016

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« Nous les musiciens, on aime la mélancolie parce qu’on aime se faire consoler par les femmes ! »

 

En attendant la sortie de son nouvel album, André Manoukian vous donne rendez-vous le 22 juillet prochain à Sanguinet pour un concert où les notes de jazz se mêleront aux rythmes orientaux, où la mélancolie flirtera avec l’allégresse. Sur scène, le désormais célèbre pianiste, à la moustache qui transpire, aux yeux pétillants, vous invite au voyage, un voyage entre l’occident et l’Orient riche en découvertes.

 

André Manoukian, vous serez sur la scène du Jazz in Sanguinet au mois de juillet qu’allez-vous nous proposer ?

Un quartet. C’est une invitation au voyage vers l’Orient. C’est le troisième album que je sors sur ce thème-là. J’ai redécouvert la musique de mes ancêtres il n’y a pas longtemps, par hasard, à l’occasion d’un documentaire qu’on m’a demandé de faire sur l’Arménie. Je connaissais très peu cette musique, je me souvenais juste d’une chanson que me chantait ma grand-mère quand j’étais gamin. Je l’ai joué au piano et ça a provoqué quelque chose chez moi. Quand j’ai commencé à chercher un peu, j’ai découvert une musique qui finalement à travers son écriture m’a apportée plein de gammes, des gammes orientales qui sont loin de chez nous ce à quoi on ajoute ce rapport entre le majeur et le mineur qui donne du swing. C’est une liaison entre l’Occident et l’Orient, la reconstitution d’un voyage incroyable, c’est un grand bonheur. 

 

Le jazz, on a souvent l’impression que cet univers musical est fermé, réservé aux connaisseurs. Que répondez-vous à cela ?

Je dirais la même chose que vous, le jazz est devenu une musique de spécialistes. L’avantage de l’Orient si vous voulez, c’est que tout d’un coup ça a un pouvoir évocateur assez dingue. C’est difficile de dire ça avec des mots mais quand vous entendez une flûte arménienne qu’on appelle le doudouk, tout d’un coup vous avez l’impression d’entendre une femme en extase et quand on joue avec le mineur et le majeur on ressent dans le son, la mélancolie. C’est une musique qui a une expressivité j’allais dire presque, paroxyste, c’est pour ça qu’elle a été parfois interdite. C’est une musique qui est tellement dans le sentiment sans toutefois tomber dans le « pathos ».

 

Votre dernier album « Mélanchology » est sorti en 2011. C’est un album très personnel où vous exprimez à travers le jazz la mélancolie. Qu’est-ce qui vous rend mélancolique ?

C’est un état qui ne s’explique pas. Mais vous savez, nous les musiciens, on aime la mélancolie parce qu’on aime se faire consoler par les femmes ! Vous savez, on voyage d’un endroit à l’autre, sans jamais trop savoir où on va, on est déterritorialisé, c’est-à-dire en dehors de son territoire, on pense à nos proches, à nos potes, alors quand on joue des airs mélancoliques on espère qu’une femme n’est pas loin, tout à côté et qu’elle nous consolera.  Pour le prochain album qui n’est pas encore sorti, j’ai pris le contrepied de « Mélanchology » en allant du côté festif. J’ai voulu explorer la facette joyeuse de l’Orient. 

 

Y-a-t-il encore des héritiers du jazz ?

Non seulement il en reste mais ils sont de plus en plus nombreux. Pour ma part, je le vois à travers « La Nouvelle Star », dans les finalistes, on avait deux jazzmen dont Pierre, ce gamin de 16 ans qui jouait du piano et chantait comme Nat King Cole. Quand j’ai commencé « La Nouvelle Star » il y avait peut-être un candidat qui s’inspirait du répertoire de jazz. Avant on découvrait le jazz une fois rentré dans les Conservatoires. Aujourd’hui, les jeunes artistes s’ouvrent de plus en plus, ils ont une culture musicale de plus en plus large et recherchée.

 

Justement vous parliez de la Nouvelle Star dont la douzième saison vient tout juste de s’arrêter. Et vous l’avez annoncé, l’émission ne reviendra pas, conséquence d’une baisse d’audience. Comment l’expliquez-vous ?

On a quand même tenu douze saisons et ça c’est assez exceptionnel. Cette émission aurait pu s’arrêter au bout de cinq ans, comme ça a pu être le cas pour d’autres émissions. Je suis content parce qu’on a commencé avec un scandale de Marianne James -- souvenez-vous de ses propos : «  Le public a de la merde dans les oreilles ! », Ndlr – et on finit avec une baffe de JoeyStarr – à Gilles Verdez, chroniqueur de Touche pas à mon poste sur D8, Ndlr – donc la boucle est bouclée !

 

Depuis quelques années, vous portez le costume de comédien. La comédie, c’est comme la musique, il faut que ça sonne juste. Comment avez-vous travaillé vos différents rôles ?

En fait, ce n’est pas trop compliqué à travailler puisqu’on me donne le rôle de personnages qui sont en fait moi-même ou proche de moi-même, un musicien, un producteur de musique. C’est par exemple le cas de la série « Fais pas ci, Fais pas ça ». Je n’ai pas encore eu de vrai rôle de composition, mais ce n’est pas très grave je me considère comme un musicien et pas vraiment comme un comédien. Par contre je suis en train de travailler sur un projet sur le monde de la musique.  La musique, c’est vraiment mon activité principale, c’est le moteur qui me permet de multiplier les cordes à mon arc par la suite.

 

André Manoukian sera sur la scène du Festival Jazz in Sanguinet le vendredi 22 juillet 2016.