Arnaud Tsamère

JANVIER 2017

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« J’ai peur de me scléroser, de m’ennuyer si je ne me concentre que sur une seule activité. »

 

Bienvenue en Absurdie ! Avec son deuxième spectacle au titre à rallonge, « Confidences sur pas mal de trucs plus ou moins confidentiels », l’imprévisible Arnaud Tsamere a décidé d’arrêter de nous faire rire – sans y parvenir – nous entraînant dans son univers loufoque et décalé peuplé de digressions. Le 23 mars prochain, il sera à l’affiche de la première édition des Fous Rires de Bordeaux.

 

Dans ce spectacle, vous essayez de prendre le contre-pied d’un show humoristique. Vous décidez d’essayer, et je dis bien essayer, de ne pas nous faire rire. Comment vous est venue cette idée ?

Il y a un petit peu de cynisme là-dedans. C’est vrai qu’il y a une actualité assez terrible depuis deux, trois ans en France et un peu partout dans le monde. Et de manière un peu provocatrice, sans aller trop loin, j’explique que les gens rigolent trop et qu’ils ont en permanence l’occasion de rire et de s’amuser partout et à toute occasion. C’est évidemment un contre-pied par rapport à l’actualité. L’idée, c’était de dire que les gens en avaient marre de cette marrade en permanence et qu’ils m’avaient confié la mission de ne pas les faire rire dans ce nouveau spectacle.  

 

Dans le spectacle, vous dites « pour moi faire rire, c’est facile ». C’est du second degré, on est d’accord, mais sérieusement, faire rire, ça vous a demandé beaucoup de travail ?

Il y a quand même une part de personnalité, ce sont des natures quand même. Moi, je n’ai pas eu l’impression de devoir travailler quoi que ce soit, j’ai juste fait les choses par passion. Pendant mes études, je faisais du théâtre d’improvisation en amateur. Donc, j’ai développé ce réflexe-là, cette envie de faire rire les gens. Mais j’ai développé ça inconsciemment et de manière assez naturelle. Je ne pense pas qu’on puisse décider d’être drôle et de faire rire les gens, c’est vraiment quelque chose qui s’impose ou pas à vous et puis plus tard, j’ai décidé d’en faire mon métier. Mais je n’ai pas eu le sentiment en tout cas de travailler pour ça.

 

Il y a une part de personnalité. Mais vous, enfant vous étiez introverti, réservé. Ce n’est pas vraiment la nature d’un homme qui aime se mettre en avant et de se donner en spectacle.

Oui, c’est vrai. Mais je fais le distinguo entre la nature artistique et le caractère personnel. Je ne suis pas persuadé qu’il faille vraiment être très expansif dans la vie et forcément drôle tout au long de la journée pour être drôle sur scène. Quand je parle de nature, c’est dans le sens « d’être fait pour ça », « d’être fait pour monter sur scène », parce que ce n’est pas quelque chose de naturel de monter seul sur scène devant des centaines de personnes. L’envie de se donner en spectacle est différente de l’envie d’être en représentation permanente dans la vie personnelle. D’ailleurs, ça étonne souvent les gens qui me rencontrent, les journalistes qui m’interviewent, parce qu’ils découvrent quelqu’un d’une nature calme et posée. Mais encore une fois, je pense que ce n’est pas du tout incompatible avec le fait de pouvoir avoir une certaine folie sur scène, d’aimer ça et d’aimer être en représentation sur scène.  

 

Vous dites parler de vous, mais ce n’est pas vraiment le cas. Toutefois, si on lit entre les lignes, peut-on vraiment apprendre quelque chose sur vous ?

Non, et franchement j’aimerais pouvoir dire oui, mais il n’y a rien de moi dans ce que je raconte parce que c’est de l’absurde, c’est du deuxième degré et j’invente le caractère de ce type qui se pense être très original mais qui, en réalité, ne l’est pas du tout. Quand j’écris, avec mes co-auteurs (François Rollin et Arnaud Joyet, Ndlr), je ne vais quasiment jamais puiser dans mon expérience personnelle parce que j’ai une vie tout à fait normale et heureuse qui ne se prête pas vraiment au spectacle. Je n’ai pas connu de grands accidents de vie.

 

Vous nous invitez en Absurdie, mais quelle est votre recette de l’absurde ?

Moi, ce qui me fait rire, c’est d’aborder des thèmes et de les développer là où le public ne s’attend pas à être embarqué. Quand j’annonce que je vais parler de quelque chose, ça m’amuse beaucoup de m’appesantir lourdement sur  un petit détail, sur un mot, sur une virgule etc. Je ne sais pas s’il y a une recette pour l’absurde mais en tout cas, ce que j’essaie de faire tout le temps, et même si j’ai un petit plaisir à perdre parfois les gens pour mieux les récupérer après ;  c’est d’être toujours cohérent dans mon propos. On peut faire de l’absurde tout en ayant une vraie logique dans le propos, c’est ce que j’essaie de faire et c’est ce qui m’amuse, prendre toujours les gens à contre-pied, les surprendre et les emmener sur des terrains, des univers qu’ils n’ont pas l’habitude d’explorer. Et ce sont vraiment des choses futiles et accessoires mais c’est ça qui m’amuse beaucoup.

 

Pour ce spectacle, les critiques ont salué vos talents de comédiens, ce n’est pas absurde ça pour vous ? 

(Rires) Si elles le saluent maintenant, je prends quand même, comme on dit mieux vaut tard que jamais ! (Rires) Je prends un grand plaisir à jouer sur scène, j’aime jouer, j’aime m’amuser, alors forcément ça passe par des performances de comédien. Alors si on me reconnaît ce talent-là, je prends les compliments avec grand plaisir.

 

Faites-vous une différence entre comédien et humoriste ?

Oui, quand même. On peut être un très bon humoriste sans avoir forcément le sens de la comédie. Notamment quand on fait du stand-up, on est humoriste, on est vraiment dans la vanne. Faire du stand-up, c’est un métier très compliqué que je respecte énormément, mais on est moins dans l’interprétation des sentiments etc. Donc effectivement, ça peut être deux choses différentes. 

 

Vous êtes un touche-à-tout, scène, télévision, radio. Cette omniprésence cache-t-elle une peur de l’oubli ?

Non, pas du tout. Je sais que ça peut être perçu comme ça mais ce n’est pas du tout le cas. C’est juste que j’ai peur de me scléroser, de m’ennuyer si je ne me concentre que sur une seule activité. Donc, je préfère me mettre en danger, toucher un peu à tout. Mais la peur de l’oubli, je ne l’ai pas du tout, je suis assez serein d’ailleurs avec ça, avec le fait de me dire que tout peut s’arrêter à tout moment, ce n’est pas grave, d’autres belles choses peuvent m’attendre même si ce n’est pas dans le domaine artistique. J’avance en étant assez serein de ce point de vue-là, je ne suis pas obnubilé par l’oubli du public, c’est quelque chose qui peut être normal. J’essaie justement de me construire un équilibre avec autre chose que mon métier, ça me permettra de mieux rebondir si jamais ça devait s’arrêter.

 

Dans quels domaines par exemple ?

J’ai une faculté à me passionner pour des choses très vite. J’aime bien me lancer dans de nouvelles choses, là, actuellement, je suis passionné par le sport automobile. Il y a mille choses à faire qui peuvent être passionnantes en dehors de ce métier de comédien.

 

Arnaud Tsamere sera sur la scène des Fous rires de Bordeaux le 23 mars 2017.