Benabar

JUIN 2015

© Culture Mag Atlantique 
Reproduction totale ou partielle strictement interdite sur tout support sans autorisation préalable.

Le 3 juillet, le festival ODP de Talence accueillera le dandy de la chanson française, un clown blanc au cœur tendre qui présentera notamment son 7 album ‘Inspiré de faits réels’ sorti en 2014. De la variété au sens propre où divertissement, mélodies et textes humoristiques côtoient des sujets sociétaux et du quotidien passés au crible sous sa plume toujours douce…

 

Pour cet album ‘Inspiré de faits réels’, dans quel état d’esprit étiez-vous et quelle orientation avez-vous souhaité prendre ?

J’avais envie de poursuivre ce que j’ai toujours fait c’est-à-dire faire des chansons. Je ne raisonne pas trop en termes d’album, je sais que c’est un peu la mode en ce moment, que beaucoup de mes confrères font ça. Moi c’était vraiment continuer à faire des chansons, et idéalement en avoir 12 audibles pour pouvoir les regrouper sur un disque ! Il n’y avait pas d’ambition autre que ça hormis l’ambition suprême et un peu vaniteuse d’essayer de faire des belles chansons.

 

Dans votre univers, il y a des chansons très différentes… Laquelle vous rend le plus fier ?

Sur cet album, il y en a une qui me touche plus que les autres : « La Forêt ». C’est une chanson qui est très intime et la façon dont elle a été produite et écrite c’était assez nouveau pour moi. C’est une chanson qui me touche un peu plus. Mais à vrai dire, en général, je n’ai pas d’avis sur mes propres chansons. J’essaie de penser aux suivantes à chaque fois !

 

Tous vos morceaux racontent des histoires, des histoires souvent drôles d’ailleurs… Avez-vous manqué une vocation d’humoriste ?

Certains le disent quand je joue du piano ou de la trompette ! Mais sinon, oui, c’est quelque chose que j’aime bien cultiver, essayer de prendre les choses au deuxième degré, de mettre un peu de légèreté même si j’aborde des sujets un peu profonds, un peu graves. J’aime bien ne pas me prendre au sérieux et essayer de faire passer des idées avec humour. L’idée de pouvoir faire rire quelqu’un à distance, je suis très fier de ça, pour moi c’est une récompense !

 

Vous pensez qu’on peut rire de tout ?

Oui, je le crois, quand c’est drôle. C’est ça la difficulté. Ça a été prouvé, il y a des gens qui nous font marrer avec des sujets tragiques. Le problème c’est que les gens qui font de l’humour, sont pas forcément marrants.

 

20 ans de carrière déjà ! Quel regard portez-vous sur votre parcours ?

Aucun à vrai dire. J’ai beaucoup de reconnaissance envers le public qui m’a permis ça et beaucoup d’émotions. J’ai cette chance de pouvoir encore faire de la musique, et de la faire devant les gens. Mais sur mon parcours lui-même, honnêtement c’est quelque chose que je m’interdis un peu de faire, de regarder en arrière. Je n’éprouve que de la gratitude.

 

Une image à garder de tout ça ?

Une non mais des centaines ! Des centaines d’images de concerts, ces moments où on est en face du public. Ce sont des moments privilégiés, magiques.

 

Sur cet album, on a la sensation que les mélodies sont plus travaillées. C’était un choix ou ça s’est fait naturellement ?

Les deux. Il y avait cette volonté d’évoluer sur les mélodies. J’avais un style de composition très simple auparavant et là, il y avait cette volonté d’évoluer mais sans changer. Je n’ai pas envie de changer, de devenir quelqu’un d’autre mais par contre de ne pas refaire les mêmes choses, de se remettre en question, de douter, ça me semble assez central.

 

Les textes ou les mélodies, quelle est l’étape n°1 de votre travail ?

Maintenant c’est difficile à dire parce qu’après 20 ans, j’ai des bouts de textes, des bouts de mélodies donc je ne sais plus quel est le premier de l’œuf ou de la poule ! Il y a les deux en parallèle.

 

C’est en tout cas toujours frais et divertissant, excepté quelques chansons qui sont plus ‘torturées’… Ces dernières sont-elles autobiographiques et est-ce difficile d’écrire sur soi ?

C’est naturel d’écrire sur soi mais le gros du boulot est justement de s’éloigner de cette partie intime et après de raconter une histoire à quelqu’un et que ce soit, idéalement, du divertissement. Une chanson triste peut aussi faire partie d’un spectacle. C’est donc ce travail-là, quand on parle de soi, il faut faire en sorte que ce ne soit pas nombriliste. Il ne faut pas parler qu’à soi, surtout.

 

Qu’est-ce qui vous inspire au quotidien ?

Tout ! L’inspiration ça peut être un détail, une personne que je croise, une situation qui me submerge. C’est ça la base du travail d’auteur, être disponible à ces bombardements d’inspiration qu’on a tous, tous les jours. Mais nous, comme on le travaille, on essaie d’être ouvert à tout ça, d’être capable de les recevoir.

 

Vous êtes plutôt du genre discret… Vous vous méfiez de la notoriété ?

C’est quelque chose qui ne m’intéresse pas mais qui ne me pose aucun problème, qui est souvent agréable mais qui ne m’a jamais intéressé. Je crois qu’on a aussi la notoriété qu’on mérite, certains ont une certaine notoriété parce qu’ils cultivent le côté ‘lunettes de soleil’, ‘je parle à personne’, le côté ultra-protection alors que d’autres continuent d’aller chercher leur pain, les gosses à l’école. Ça induit des réactions différentes.

 

Vous considérez-vous désormais comme un artiste ou refusez-vous encore cette étiquette ?

C’est une question que je me pose encore ! Je me méfie de l’appellation. Je vous avoue que je me sens un peu plus ‘artiste’ qu’avant parce que je m’aperçois que depuis que je travaille je ne cherche pas à plaire ou à déplaire et parfois ça déclenche des trucs chez les gens… Je pense que c’est ça le travail d’artiste, ce n’est pas un provocateur, c’est quelqu’un qui fait quelque chose et parfois il se trouve que ça provoque, ou que ça touche, sans qu’il ne se soit posé la question avant. Je pense au contraire que les provocateurs sont souvent un peu bidons et sont à l’inverse des artistes. 

 

© Culture Mag Atlantique 
Reproduction totale ou partielle strictement interdite sur tout support sans autorisation préalable.