Christophe Alévêque

JANVIER 2017

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« Le spectacle est devenu une vraie thérapie de groupe »

« Ça ira mieux demain ». Ah bon ? C’est en tout cas ce que tente de nous faire croire Christophe Alévêque. Mais malgré toute sa bonne volonté, l’humoriste, lui-même, n’y croit pas. Sa vision optimiste de la société est très vite bouleversée par la dure réalité. Sa colère prend vite le dessus, les gens rient, ça va mieux, parce que finalement on le préfère comme ça, notre Christophe Alévêque.  

 

Christophe Alévêque, vous en Don Quichotte, vous optimiste. On aura tout vu !

Il faut de toute façon, parce que si on ne l’est pas… Effectivement oui, c’est du premier degré comme on dit, si je n’étais pas optimiste, je ne monterai pas sur scène.

 

Encore une fois, les travers de la société sont la trame de votre spectacle. Mais finalement, est-ce aujourd’hui encore facile de rire de tout ?

Oh oui, je pense, de plus en plus, c’est même devenu une mission. Et on se rend compte que depuis quelques temps les gens ont changé. Le public ne réagit plus comme avant, il participe encore plus. Le spectacle est devenu une vraie thérapie de groupe.

 

Mais n’avez-vous jamais ressenti une gêne dans la salle ?

Il peut y en avoir de temps en temps. Mais c’est toujours intéressant de flirter avec la ligne rouge. De toute façon, on en parle souvent et c’est un long débat, mais les limites de l’humour sont fixées par le public. Et croyez-moi, on peut aller très loin !

 

Mais ça veut dire que si le public juge que vous allez trop loin, vous êtes capable d’arrêter votre sketch ?

C’est plus subtil que ça, vous savez. Un spectacle, c’est une connivence, ça se fait de manière tout à fait naturelle. C’est un vrai dialogue qui s’installe entre l’artiste et son public. 

 

Humoriste engagé, c’est un qualificatif qui vous plaît ?

A partir du moment où on parle des travers des êtres humains et puis qu’on parle des affres de la société et qu’on « s’attaque » à tous les pouvoirs qu’ils soient politiques, économiques ou médiatiques, alors on est forcément engagé. Mais je ne suis encarté nulle part, je suis un homme libre !

 

Vous faites une revue de presse à chaque représentation. Qu’apporte cet exercice-là, où vous êtes en improvisation totale, à votre spectacle ?

C’est-à-dire que j’ai plus d’une heure de spectacle qui est écrit, je joue du piano, je parle de mes rêves, de résignations, d’exaltation et puis ensuite de frustration, ça va et ça vient. Je parle des jeunes, c’est la génération des 20 ans vue par un vieux con. Et puis, Don Quichotte aussi, un personnage que j’adore, apparaît dans le spectacle… Ensuite, j’essaie de rentrer dans le rang, j’essaie de rentrer dans le moule et d’avoir un nouveau mot d’ordre : « Pas de couille, pas d’embrouille !». Donc j’essaie de faire du stand-up centriste, ce qui est un exercice très difficile, en tout cas pour moi. Mais finalement, je n’y arrive pas parce que la nature fait que… Du coup, je finis avec une revue de presse pour laquelle je n’ai pas de cadre, je n’ai pas de limites. J’ai quelques phrases notées sur un bout de papier et ensuite, je me laisse aller.

 

Tout est bon dans la presse pour pouvoir réaliser cette partie improvisée ?

Il faut que le sujet soit intéressant. La politique politicienne par exemple, ça n’intéresse pas les gens, on s’en fout. Ce qui est important, c’est de voir ce qu’il y a derrière les mots, entre les lignes. Il faut qu’il y ait matière à décrypter le monde absurde dans lequel nous vivons. Très souvent, il suffit juste de répéter ce qu’on a entendu pour que les gens rient. Mais ce qui est bien, c’est d’éclater le sujet, de partir d’une réalité et de montrer le paradoxe, la connerie, l’absurdité de tout ça.

 

Vous jouez aussi du piano pendant ce spectacle, c’est histoire d’apaiser les tensions ?

Le piano fait partie de l’entrée sur scène qui est assez surprenante. Le piano représente juste mon rêve. Il est sur scène pour me rappeler qu’il faut continuer de rêver parce que sinon nous n’y arriverons pas. Après, effectivement, le piano permet, de temps en temps, de faire des petites pauses. 

 

Vous disiez « le piano, c’est mon rêve », pourquoi n’êtes-vous pas allé au bout de votre rêve ?

J’aurais pu à un moment donné, j’en ai fait pendant très longtemps, j’aurais vraiment voulu être cet artiste-là. Mais je me suis très rapidement rendu compte que je n’avais pas le niveau. Donc voilà… Mais c’est cela que je raconte dans le spectacle, il faut aller au-delà de ses frustrations, il faut trouver autre chose, nous avons tous une place dans cette société, il suffit juste de la trouver !

 

On vous a longtemps vu à la télévision mais depuis quelques années, vous faites plutôt partie des abonnés absents, est-ce un choix de votre part ?

C’est vrai qu’à un moment donné on me voyait beaucoup parce que je participais à des émissions en tant que chroniqueur. Alors oui, c’est un choix de ma part d’y aller un peu moins en tant que chroniqueur. Maintenant, j’y vais pour parler de ce que je fais.

 

Alors justement outre ce spectacle avez-vous une autre actualité ?

Oui, j’ai sorti un bouquin au mois de novembre, « Bienvenue à Webland ». Ce sont des nouvelles que j’ai écrites sur tout ce qui merde, tout ce qui ne va pas, tous les dangers d’internet. Et croyez-moi, j’aurais pu écrire la Bible ! (Rires) J’ai travaillé avec un journaliste, c’est très documenté, très informé et puis après j’ai transformé ça en quatre nouvelles avec des personnages assez monstrueux qui utilisent internet. Et puis, le DVD du spectacle est sorti au mois de décembre.

 

On imagine que la primaire de droite n’a pas échappé à votre regard acerbe et puis il y a bientôt celle de la gauche.

Ouh là là… Je pense qu’on est dans le pitoyable. Mais je crois qu’on n’a pas encore assez touché le fond et peut-être qu’avec la primaire de la gauche on va le toucher. Moi, sur scène, j’en ris, parce que la primaire de la droite c’était tellement drôle et je pense que la primaire de la gauche sera un cirque fabuleux. C’est rire du pire parce qu’en fait, au fond, ce n’est pas drôle, c’est tragique même ! Mais justement le rôle de l’humoriste, c’est de transformer ça en quelque chose de drôle. Je compare souvent la situation à une cocotte-minute qui est pleine de vapeur et puis l’humoriste, c’est celui qui appuie sur le bouton pour faire que la vapeur s’échappe avant que ça pète. On a l’impression que ces personnes ne comprennent pas qu’on ne veut plus d’elles comme ça. C’est difficile pour ces personnes de changer parce que leur nombril est bien plus gros que leur cœur, donc il y a effectivement un gros problème.

 

Christophe Alévêque sera le 19 janvier 2017 sur la scène du Théâtre Femina de Bordeaux.