Claudio Capéo

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JUIN 2017

« La scène, c’est la récréation, c’est notre terrain de jeu. »

 

Le 3 juin 2017. Juste avant leur passage sur la scène du Festival ODP à Talence, le groupe Claudio Capéo s’était prêté au jeu de la conférence de presse. Entre deux boutades, Claudio Capéo (au chant et à l’accordéon), Julien Fuchs (au saxophone), Xavier Zemb (à la batterie), Jonathan Bonzani (à la basse) et Gilles Dorn (à la guitare), nous ont raconté leur histoire rythmée par la musique et l’amitié. 

 

L’accordéon ne bénéficie pas d’une image ultra-moderne, pourquoi avoir choisi cet instrument malgré tout ?

Claudio Capéo : Je ne sais pas vraiment. Plutôt que de nous laisser faire les 400 coups avec les potes d’enfance, ma mère a eu l’idée pour ma sœur et moi, de nous faire faire de la musique. Du coup, je me suis retrouvé dans l’école de musique de mon petit village où on pouvait apprendre essentiellement l’accordéon. J’ai commencé comme ça. Et puis à 14 ans, tu passes pour un con auprès des filles avec ton accordéon, on te traite de ringard. Mais finalement, un peu plus tard cette image d’instrument ringard s’est estompée et avec les filles ça a été beaucoup mieux !

 

Vous êtes en pleine ascension vers la gloire depuis plus d’un an. Comment le vivez-vous ?  

C.C. : Ça se passe super bien, on est sur les routes pour le plaisir de la musique, avant tout. C’est vrai que depuis un an et demi, il s’est passé de nombreuses choses, on n’y comprend rien, mais on vit cela jour après jour, on est là pour se faire plaisir, pour rencontrer des gens, pour partager tous ensemble.

Gilles Dorn : C’est surprenant effectivement parce que le groupe existe depuis neuf ans et qu’on ne pensait pas un jour pouvoir vivre de la musique.

 

Et justement ce « boum » depuis un an et demi, a-t-il changé quelque chose dans votre façon de créer ou même d’appréhender la scène ?

C.C. : Non, je ne pense pas, nous n’avons pas changé. C’est vrai qu’on travaille peut-être différemment, on se voit beaucoup moins pour travailler, chacun fait les choses de son côté et ensuite on se fait des propositions.

Julien Fuchs : Mais ce qui a réellement changé c’est qu’aujourd’hui, la musique est notre job à temps plein. On n’a plus rien à gérer en termes de logistique, comme la location du van pour partir en tournée etc.

 

Alors, c’était mieux avant ou maintenant ?

C.C. : Ni mieux, ni moins bien, c’est pareil ! La seule chose qui change c’est qu’à la place de jouer dans des bistrots, on joue sur des grandes scènes donc il y a un peu plus de monde que trois personnes dans la salle.

 

Avant, après, pensez-vous que sans The Voice, nous serions en face de vous ?

C.C. : Il faut avouer que c’est grâce à The Voice si nous en sommes là. Je n’avais vraiment pas envie de le faire, ce n’était pas mon truc la télévision, la compétition etc. Et puis, finalement on a décidé de forcer le destin, de le tenter même si ça ne nous correspondait pas. Au départ, l’idée, c’était juste avoir des « Like » sur les réseaux sociaux et faire un peu plus de concerts dans l’année. On l’a fait, ça nous a permis de rencontrer notre producteur et cette équipe qui nous entoure aujourd’hui.

 

Finalement, on peut dire qu’aujourd’hui pour réussir, ce n’est pas nécessaire de gagner The Voice…

C.C. : Rien n’est acté. Mais je respecte énormément toutes les personnes qui sont allées jusqu’au bout des émissions parce qu’il y a beaucoup de pression en plus du travail à fournir. Je pense que je n’aurais pas pu le faire, rien que les « Battle », l’exercice était déjà trop fort pour moi en terme de pression. Ce sont des bêtes de concours les types !

 

Le single « Un homme debout » comptabilise plus de 74 millions de vues, c’est de la folie, non ?

C.C. : Oui, c’est une grande histoire. Sans prétention, ce titre a été enregistré en un jour. Même le clip a été fait en une journée, c’était du vite fait, pour avoir des images. On pensait qu’il y avait du potentiel, mais jamais que ça partirait dans tous les sens comme ça a été le cas. Et puis, ça nous a mis une certaine pression parce que quand tu sors un titre comme ça qui cartonne, tu n’as pas envie de sortir quelque chose de moins bien après. On a sorti « Ça va, ça va » qui a pris mais pas autant que « Un homme debout ». Au fur et à mesure, nous nous sommes faits une petite place, on est là.  Pour combien de temps ? Je ne sais pas, on verra… Même le fait de discuter avec des journalistes, qui sont là pour nous, c’est assez dingue !

 

Comment qualifiez-vous votre album « Claudio Capéo » ? C’est le troisième, le premier ?

C.C. : Les deux premiers albums ont été sortis en autoproduction, même si le succès a été moindre, ça nous a permis de jouer. Et puis le troisième est sorti. Est-ce que c’est le troisième ou le premier ? Non, c’est le troisième. Les deux premiers nous ont forgés une expérience, on a dû travailler comme des dingues. Sur ce troisième album, on a travaillé avec d’autres personnes, des auteurs-compositeurs complètement différents. On a découvert une autre facette du métier. Je pense que ce dernier album est un petit peu l’aboutissement de ces dix dernières années. 

J. F. : Cet album-là est peut-être un peu plus professionnel. Sur le premier, on a fait plein d’essais, on tâtonnait à droite, à gauche. Nous étions livrés à nous-mêmes. Cet album éponyme est sorti avec un soutien professionnel. Auparavant, on n’avait jamais autant de conseils que ce soit pour les textes  ou la réalisation.   

C.C. : Mais on ne nous a jamais rien imposé. Ils ont respecté ce que nous sommes, notre histoire, nos envies et ce que nous voulions dire. Nous n’avions pas envie de raconter des histoires qui n’avaient ni queue ni tête. Donc dans tous les morceaux, il y a une part de vérité, une part de notre vie. Nous parlons au public, nous sommes complètement sincères.

J. F. : C’est très important d’être sincère. Même envers toi-même, si tu n’es pas en accord avec ce que tu racontes, ça n’a aucun sens.

 

Il y a cette chanson « Chez Laurette ». Pourquoi avoir choisi de l’intégrer dans cet album ? 

C.C. : C’est la chanson qui a rendu tout ça possible, qui a fait que la France entière a pu nous découvrir. Donc elle nous tient à cœur parce que c’est aussi un monument de la chanson française. Ça nous rappelle des souvenirs. Quand nous sommes arrivés à Paris sur le plateau de The Voice, Gilles était au piano, alors qu’il n’était pas du tout pianiste. (Rires)

 

Qu’est-ce que  ça représente la scène pour vous ?

C.C. : La scène, c’est la récréation, c’est notre terrain de jeu. On bosse en studio, à la maison, on se creuse le cerveau pour que ça puisse fonctionner, qu’on puisse aller plus loin, et puis quand on arrive sur scène, on s’éclate tous ensemble.

J. F. : L’aboutissement de la musique, d’un album, c’est la scène. Véritablement, notre envie c’est de partager avec le public, de déconner. Ce qui est chouette c’est de se dire qu’on nous autorise à le faire et on est payé pour ça !

 

Un nouvel album est-il en préparation ?

C.C. : Pour le moment, on a envie de profiter à fond de cette tournée, de notre public, de ces bons moments qui arrivent. Mais effectivement, nous sommes déjà dans l’écriture d’un quatrième album. On ne se prend pas la tête, ça viendra pour fin 2018, je pense. 

 

Claudio Capéo, en concert au Festival Musicalarue à Luxey le 14 août 2017. 

OCTOBRE 2016

« Jouer de l’accordéon ça a été pour moi un moyen de me libérer, un moyen d’expression. »

 

Claudio Capéo s’est fait remarquer lors de son passage dans l’émission diffusée sur TF1, The Voice. S’il n’a pas remporté le micro d’or, il a toutefois rencontré le succès avec son single « Un homme debout », l’un des titres son album éponyme sorti l’été dernier. Accordéoniste avant d’être chanteur, Claudio Capéo livre des textes personnels sur des mélodies entraînantes aux sonorités pop, folk.

 

Avant de parler un peu plus en détail de ta musique, revenons dans le passé. La musique, tu es tombé dedans quand tu étais petit ?​

Mes parents sont des immigrés italiens qui ont débarqué en France après la guerre pour trouver du travail et fonder une famille. Tous les deux travaillaient en usine, ils bossaient comme des dingues. Et puis nous sommes arrivés, les enfants, ma grande sœur et moi. Et puis ma mère, bizarrement, a toujours voulu que je fasse de la musique. Pourquoi ? Je ne sais pas, mes parents ne sont pas du tout des musiciens, je dirais même qu’ils chantent faux (rires). Le souhait de ma mère était que je devienne professeur de musique. Alors moi, j’ai voulu faire de la batterie mais le problème, c’est qu’on habitait dans une petite maison et c’était plutôt difficile. Un jour, j’ai vu un mec faire de l’accordéon et ça m’a plu. Jouer de l’accordéon ça a été pour moi un moyen de me libérer, un moyen d’expression. Quand j’étais enfant, j’étais vraiment tout petit, alors ça a été pour moi le moyen de dire : « Oh je suis là, je suis peut-être tout petit, tu te fous de ma gueule, mais j’existe ». Ça m’a aidé à être moi-même et à me construire un petit peu.

 

Pardonne-moi cette réflexion mais l’accordéon a très longtemps souffert d’une image ringarde.

Tu as raison. Vers l’âge de 13 ans, j’ai arrêté l’accordéon parce que je passais pour un con auprès des filles. Les autres garçons venaient avec leur guitare ou leur djembé et moi j’étais le con avec l’accordéon. Du coup, j’ai été dans le metal, j’en ai fait pendant deux ans, je me suis détruit les oreilles, puis j’ai laissé tomber le metal et repris l’accordéon et là tout le monde s’est enthousiasmé du jour au lendemain, alors que j’en faisais depuis 13 ans et que personne ne m’avait jamais remarqué. Et puis de fil en aiguille, j’ai commencé à écrire des morceaux. On a monté un groupe avec des potes qui s’appelait « Claudio Capéo ». « Claudio » parce que c’était moi qui écrivais donc le batteur tenait à ce qu’il y ait mon prénom, et « Capéo » parce qu’on avait des chapeaux sur scène à l’époque, ils étaient orange, on les peignait nous-mêmes, on mettait des étoiles etc. Et ça se vendait super bien en merchandising, c’était pas mal !  Ça a pas mal marché et ça continue parce que le groupe existe toujours.

 

Si le groupe marchait bien, pourquoi être parti en solo ?

Ça marchait mais ce n’était pas facile, on se battait comme des dingues, personne ne nous soutenait, on n’avait pas de tourneur, on n’avait pas de label, c’était vraiment compliqué. C’était le batteur qui s’occupait de tout ce qui était « booking » etc. C’est vraiment grâce à lui qu’on ne s’est pas cassé la gueule. Finalement, la décision de participer à The Voice a été prise par le groupe entier. L’équipe du casting est venue à plusieurs reprises au Printemps de Bourges où je joue tous les ans, et me demandait de faire cette émission. J’ai refusé plusieurs fois, je ne voulais pas le faire, c’était une émission que je ne regardais pas. Anne Sila, je ne la connaissais pas, je n’ai jamais regardé ce genre de programmes. Et puis, voilà, j’ai eu envie de tenter le coup, sans savoir ce que ça allait m’apporter. J’y suis allé en mode rock’n’roll, sans réviser quoi que ce soit, en restant celui que j’étais et que je suis toujours d’ailleurs. J’ai été pris, j’ai perdu, mais j’ai signé dans mon label. Là, je vis un truc de malade, ça va dans tous les sens, je suis content. Je me suis battu comme un dingue pour avoir mes potes d’enfance à mes côtés sur scène.

 

Tu as sorti ton album l’été dernier, le travail de création a été rapide…  

C’est vrai, mais j’avais déjà des morceaux et puis d’autres personnes ont proposé des morceaux. C’est vraiment un gros travail d’équipe. On a été nombreux à travailler dessus. Dedans je parle de ce qui me plaît, de ce qui m’intéresse réellement, c’est-à-dire la vie des gens, il y a un titre qui s’appelle « Enfants sauvages » qui raconte mes années de sale gosse. Tout le monde a un moment de sa vie a été un sale gosse, a fait des conneries, mais c’est une passade, on n’est pas forcément comme ça au fond. Dans un autre titre, « Riche », je m’adresse à mon fils qui m’apporte beaucoup de bonheur. « Un homme debout » raconte la situation de rue que j’ai  « connue », qui est catastrophique…

 

Tu as vécu dans la rue ?   

Non, mais il y a cinq ans en arrière avec les membres du groupe, on a décidé de tous démissionner alors qu’on avait de bonnes places. Mais on a voulu arrêter pour nous consacrer à la musique. Et puis bien sûr au bout de deux ans, nous nous sommes tous plantés. Du coup, on a tenté le tout pour le tout, nous sommes allés sur Paris avec notre camion et on a joué dans le métro pour pouvoir nous payer à manger, et dormir dans des auberges de jeunesse. Mais on a côtoyé les gens de la rue, et ce sont ces personnes, qui n’ont rien, qui donnent le plus. Il faut le vivre pour s’en rendre compte. C’est une expérience qui a été très difficile à vivre, on l’a fait, mais on n’y retournera plus.

 

On peut donc parler d’une belle revanche ?

Exactement, tu vois, on s’est toujours battus comme des dingues pour y arriver et heureusement qu’on a bossé. On y a cru jusqu’au bout. Après, rien n’est gagné, mais en tout cas, on a pu avancer un peu plus et nous sommes très contents de ce que nous vivons.

 

Claudio Capéo sera sur la scène du Krakatoa à Mérignac le 19 novembre 2016 à 20 heures.