Denis Maréchal

NOVEMBRE 2014

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« Mais j’espère oui que j’ai évolué »

 

Humoriste, animateur et comédien, Denis Maréchal n’en finit pas de distiller son humour d’une finesse et d’une élégance rare, au gré de ses spectacles. Il « rejoue » pour nous, son spectacle créé en 2012 où se mêlent l’amour, la paternité ou la séduction... Une mise en scène impeccablement rythmée avec la collaboration de Florence Foresti, et un Denis Marchal qui irradie d’une générosité sans limite.

 

Tu reviens avec le troisième one-man show que tu avais créé en 2012, « joue », baptisé « Rejoue » pour l’occasion. La scène et le contact avec le public t’avaient-ils manqué ?

Oui, le titre était déjà simple à la base et j’ai continué dans cette simplicité. Je recommence, donc « rejoue » (rires). Je n’ai pas vraiment eu de grandes périodes sans ce contact avec le public, avant ça j’ai joué une pièce pendant 6 mois à la Comédie de Paris « simplement complexe » et ensuite le one-man show. Je ne crois pas que cela me soit déjà arrivé de ne pas jouer pendant un an ! Quand je ne joue pas pendant 3 mois, je deviens fou.

 

Tu as indéniablement un style unique et un vocabulaire identifiable parmi tous les autres humoristes. Comment travailles-tu l’écriture de tes textes ?

Merci. En fait, je vais mettre six mois voire un an à écrire un spectacle, je réfléchis, je contemple longtemps et soudain on arrive à l’échéance du spectacle deux mois avant et là je dois m’activer. Je ne sais pas d’où me vient vraiment ma façon d’écrire, je ne sais pas définir mon style. Mon expérience, ce que je regarde ou mes lectures sont sans doute à l’origine de tout ça. J’écris tout seul et j’aime bien le français, c’est vraiment une langue riche. Aujourd’hui tout se résume à « c’est super » ou « c’est pourrie », personnellement je crois qu’entre les deux il y a des nuances et que les mots sont là pour les définir.

 

Tu soulèves de nombreux questionnements sur des thèmes très variés (paternité, relations amoureuses etc.) qui peuvent se poser à un quadra ordinaire. L’homme que tu étais à l’époque de l’écriture du spectacle n’a-t-il pas changé ou du moins évolué ?

S’il a évolué ? En tout cas je n’ai toujours pas d’enfant ! Mais j’espère oui que j’ai évolué. J’ai un peu muri quand même entre temps, j’ai grandi et j’espère que je m’améliore. Au niveau où je me situe aujourd’hui je dirais que je suis dans ma phase d’amélioration.

 

En 2009 tu présentes l’émission « Incroyable mais vrai » sur TMC, « Les inconnus de A à Z » en 2011 et le film « Des amours désamours vient de sortir en avant-première. As-tu des envies ou des projets à la télé ou au cinéma ?

Des envies, oui, puisque mon métier c’est comédien, j’ai donc envie de jouer. Pour les projets, je suis actuellement sur un tournage. Un téléfilm « Meurtre à Etretat » de Laurence Katrian qui s’inscrit dans une collection diffusée par France 3. La chaîne a déjà diffusé 3 autres séries « Meurtres au Pays Basque », « Meurtre à Saint-Malo » et « Meurtre à Carcassonne ». J’y joue le rôle d’un procureur de Rouen.

 

17 ans ont passés depuis que tu as gagné l’émission Graines de star avec ton ancien acolyte Bertrand Fournel. Es-tu satisfait de ta notoriété ou aimerais-tu être plus reconnu ?

Alors, il y a deux choses, la notoriété en soi n’a pas vraiment d’importance, c’est un outil pour faire venir le public en salle. Par conséquent, plus j’en aurais et mieux ce sera bien sûr, puisque l’intérêt est vraiment de remplir une salle. Donc, en ce sens, oui, je suis satisfait de ma notoriété. Ensuite, être reconnu par le métier, c’est important. Si l’on est reconnu, on nous propose du travail. En fait, la reconnaissance nourrit notre travail et permet de continuer à travailler et d’être encore plus reconnu. C’est le serpent qui se mord la queue.

 

Dans ton spectacle, tu parles de sujets inévitables tels que l’ascension des réseaux sociaux et du langage SMS. Que Pense l’amoureux  des mots que tu es de tout ça ?

Je suis partagé, j’en parle effectivement car je suis content de l’arrivée de Facebook, des textos etc… mais je me rends bien compte qu’il y a beaucoup de gens qui ne savent pas écrire en fait. Je m’interroge sur l’éducation de nos enfants avec les nouvelles méthodes d’apprentissages de la lecture et le principe du redoublement qui est devenu optionnel. J’ai vraiment l’impression qu’il y a un problème.

 

Une belle collaboration avec Florence Foresti, pourquoi l’avoir choisi et que t’a-t-elle apporté pour ce spectacle ?

Florence a un talent indéniable. C’est une fille intelligente, elle voit quand je vais trop loin et me recadre. De plus c’est une vieille amie, on se connaît depuis le lycée. Et puis j’étais content d’avoir une femme metteur en scène. Florence m’a apporté sa rigueur, sa vision critique, elle a su trouver les bons mots pour corriger ce qui lui plaisait peut-être moins et encourager ce en quoi elle croyait. Le regard d’une femme par rapport à moi en tant que bonhomme et aux thèmes que j’aborde dans ce spectacle était primordial afin de ne pas tomber dans le mysogine ou le machiste. Quand elle valide mes textes, ça me rassure. J’ai confiance en son jugement.

 

De nombreux humoristes sont également originaires de Lyon, qu’y a-t-il dans cette ville qui favorise selon toi l’éclosion d’autant de talent ?

C’est une ville dans laquelle en proportion il y a beaucoup de café-théâtre. D’autant que c’est étonnant car pendant longtemps, Lyon n’était pas vraiment reconnu comme étant une cité du rire. Alors qu’effectivement il y a un vivier important. C’est une grande ville, les gens aiment sortir et l’offre d’accueil est grande, il est facile de se lancer dans ses conditions. Et c’est une ville qui fait la part belle aux jeunes talents.

 

Tu viens jouer vendredi pour le public Niçois, comment te sens-tu à deux jours de la représentation ? As-tu le trac quand tu montes sur scène ? As-tu des rituels peut-être ?

Je me sens plutôt bien, j’étais déjà venue, et ça c’est plutôt très bien passé, donc je suis assez serein, j’espère que ça va aller. Pour cette fois, je vais faire juste un aller-retour, je n’aurais pas le temps de visiter la ville. Je n’ai pas de rituel particulier, je ne fais  ni yoga, ni méditation, je ne reste pas longtemps en loge, j’essaie d’arriver au dernier moment pour monter sur scène. Je n’aime pas l’attente avant les spectacles, je préfère arriver même légèrement en retard. Pour gérer le trac, je n’ai pas de technique à donner, je ne bois pas, je ne me drogue pas, j’entre sur scène avec ma peur au ventre et après une minute le public est là pour me rassurer.

 

C’est certain que le public sera au rendez-vous vendredi 28 novembre 2014 pour accueillir comme il se doit ce grand humoriste au Théâtre de la Cité (Nice).

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