Guillaume Muller

MARS 2017

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« La plus belle rencontre que j’ai pu faire à Paris, c’est celle de Denis Grare […] c’est un des plus fidèles musiciens de Bénabar »

 

Guillaume Muller est originaire de Libourne. Véritable amoureux de la chanson française – et ses références ne manquent pas d’ambition : Jacques Brel, Renaud, Bénabar etc – il s’est jeté à corps perdu dans sa passion. De concert en concert, le jeune homme se forme, se forge. Le voilà aujourd’hui qui monte sur scène pour présenter son premier album chargé d’histoires, « L’envers du décor » sorti le 24 février dernier.

 

Guillaume avant de parler de votre premier album, parlez-nous de votre parcours. Votre  passion pour la musique remonte à quand ?

J’ai toujours chanté. Dans la chorale de mon collège par exemple, j’étais souvent la voix lead. Mais il y a eu un événement un peu plus marquant. Plus petit, j’avais voulu faire du piano et à la fin de l’année, on nous faisait chanter du solfège. Ma prof était allée voir ma mère pour lui dire que je devrais faire du chant plus que du piano. Et puis, j’ai continué à chantonner chez moi, j’aimais ça… Et puis, ça a commencé sérieusement en 2011, quand je suis monté à Paris. J’ai pris des cours de chant avec Armande Altaï. Au fur et à mesure, j’ai fait quelques scènes ouvertes, j’ai commencé à chanter « Amsterdam » de Brel. J’ai commencé avec des reprises et puis après j’ai poursuivi avec mes propres compositions. 

 

Comment prend-on la décision de passer d’un statut d’amateur à celui de professionnel ?

Au départ, je suis monté à Paris pour faire du théâtre parce que je savais que ce serait plus compliqué de percer avec le chant. Je voulais jouer avec une troupe. Je me disais que ce serait plus facile d’être dans une troupe, d’être, en quelque sorte, tous dans la même galère! Mais je me suis rendu compte que le chant me manquait quand même pas mal, j’aimais vraiment ça, c’est devenu quelque chose d’important, de principal pour moi. Ainsi, en parallèle de mon école de théâtre, juste pour me faire plaisir, j’ai participé à des scènes ouvertes. C’est à ce moment-là que le directeur d’une scène ouverte m’a conseillé d’insister un peu plus dans ce milieu, et de créer un spectacle de 30 minutes. Il avait créé les Soirées Coup de Pouce, l’idée c’était que les gens découvrent des artistes émergents. J’ai commencé en alternant reprises et compositions. Et puis d’un spectacle de 30 minutes, je suis passé à 1 heure entière et il se trouve qu’à ce moment-là, j’ai eu la chance d’être accompagné d’un grand pianiste qui s’appelle Claude Rogen. J’ai fini par arrêter le théâtre, pour me consacrer à la musique, travailler le chant et continuer à travailler avec ce pianiste. J’ai même créé un groupe parce que je voulais garder cet esprit de troupe. Voilà, ça s’est passé comme ça et je préfère de loin chanter devant un public  que je ne connais pas que devant un public que je connais, c’est-à-dire ma famille ! (Rires)

 

Parce qu’ils sont plus critiques ?

Non, justement… Enfin oui, ils peuvent l’être, mais c’est surtout que c’est presque plus stressant parce que c’est une sorte de public acquis. Donc s’ils te donnent une opinion négative c’est que vraiment c’était nul ce que tu as fait ! (Rires)

 

Rares sont les jeunes artistes qui s’attaquent à la chanson française. Pour ce choix ?

La première bonne raison, c’est que je ne parle pas anglais. Comme beaucoup d’artistes d’ailleurs, qui chantent en anglais mais qui ne comprennent pas un mot de ce qu’ils racontent ! Moi, ce que j’aime le plus dans les chansons, ce sont les textes, du coup, il faut que je comprenne ce que je chante et surtout, il faut que je sois d’accord avec ce que je chante. Donc je préfère de loin chanter en français, défendre des textes français comme le font mes idoles. Je trouve que les gens devraient s’intéresser beaucoup plus à la chanson française. Je fais partie d’une association à Paris qui s’appelle Plus de Talents avec laquelle tous les mois on fait des concours de chant et là on voit que les jeunes artistes essaient de faire des reprises en anglais mais ils sont nombreux à ne pas comprendre ce qu’ils chantent. Je trouve ça bizarre de vouloir défendre une chanson, donc un texte, sans savoir ce qu’il contient.

 

Dans votre album « L’envers du décor » dans les bacs depuis le 24 février 2017, on sent que votre apprentissage théâtral sert votre musique.

Oui, et même sur scène. Je bouge beaucoup, même mes photographes me disent que c’est pénible pour eux parce que justement je bouge trop. C’est vrai que je ne suis pas planté devant mon micro, j’ai besoin de bouger partout. Déjà parce que ça déstresse d’une certaine manière, mais aussi parce que c’est vivant, c’est du spectacle vivant donc autant le faire vivre jusqu’au bout. La scène pour moi, c’est un jeu, c’est un plaisir, du coup je ne me prive pas de bouger. Dans mes chansons, j’essaie d’avoir une histoire, avec un début, une fin, au milieu il se passe quelque chose… Mais il n’y a pas que le théâtre qui a servi à ça, quand je reprenais Brel ou d’autres artistes, c’était la même chose. C’est de l’interprétation et c’est ce que j’adore faire aussi.

 

Ce que vous voulez dire, c’est que vos références musicales vous ont beaucoup influencé sur l’interprétation de vos textes ?

Oui, j’ai commencé avec Brel, mais ensuite ça a été Renaud, Bénabar… Ce sont des artistes qui, dans leurs chansons, racontent quelque chose. Ils ne font pas des chansons juste pour faire des chansons. Ils parlent de quelque chose, ils défendent un thème, ils peignent un tableau en quelque sorte et ça j’adore, j’essaie dans mes chansons de faire un peu la même chose.

 

Alors, « Dans l’envers du décor », qu’avez-vous voulu nous raconter ?

Il y a un peu de tout, mais c’est un petit peu moi que j’ai voulu raconter. C’est ce qui se cache en moi. Il y a des chansons nostalgiques comme « J’ai le temps » où je dis que j’ai le temps de vieillir, que je ne veux pas vieillir tout de suite. C’est une chanson que Robert Geoffroy a écrit pour moi et qui me correspond tout à fait. Dans la même idée « Bouge », c’est la même chose sauf que là je m’adresse à quelqu’un mais ce quelqu’un en vrai, c’est moi. C’est l’histoire de l’ado qui devient adulte et qui se dit que finalement, c’était pas mal d’être ado. (Rires) Et puis, il y a des chansons qui parlent de voyages parce que je suis quelqu’un qui aime m’évader, voyager etc. Et puis, le rêve aussi avec la chanson « Vie parallèle » qui est un peu déstructurée volontairement. Elle n’est pas forcément très compréhensive, on se demande où je veux en venir. Je suis quelqu’un qui aime bien être dans ses rêves aussi. 

 

Vous utilisez aussi vos références cinématographiques. Vous avez par exemple écrit un titre en hommage au film « The Artist », si je ne me trompe pas. 

Exactement. Je viens d’ouvrir une cagnotte sur la plateforme de financement participatif Kiss Kiss Bank Bank pour permettre aux gens de rejoindre le projet. Pour tout vous expliquer, j’ai eu l’autorisation de Michel Hazanavicius qui est le réalisateur de « The Artist », de faire un clip sur ma chanson en imitant réellement son film. Je voulais absolument faire ce clip en noir et blanc, en essayant de rejouer une ou deux scènes vraiment marquantes du film… Ça devrait se faire dans le courant du mois de mai. Je suis un très grand fan de Jean Dujardin, j’avais vraiment adoré ce film. J’aime bien montrer de qui je suis fan, moi. J’essaie de mettre un peu partout les artistes qui m’ont inspirés. 

 

Mais alors le projet sur Kiss Kiss Bank Bank, c’est pour financer quoi ?

C’est pour financer le clip. Enfin, une partie du clip. L’idée, c’est surtout de dire aux gens que ce projet existe. Alors bien sûr l’aspect financier est important pour nous permettre d’avancer sur ce projet, mais chacun est libre de participer à hauteur de ses moyens. 

 

Êtes-vous passé par cette même plateforme participative pour financer la production de votre album ? 

J’y ai pensé. Mais le problème, c’est que lorsqu’on passe par ce genre de plateforme, il faut vendre son projet et montrer ce qu’on fait, mais je ne savais pas trop quoi montrer parce que pour moi cet album, c’est un peu le renouveau. Je considère que tout ce qui s’est passé avant c’est de la formation en quelque sorte. Sur cet album, il n’y a que des musiciens professionnels qui ont l’habitude de tourner avec de grands artistes, notamment Bénabar. Donc je ne voyais pas trop comment je pouvais inciter les gens à rejoindre le projet, ou ce que je pouvais leur montrer avant que l’album ne soit construit.

 

Vos idoles sont encore et toujours là, puisque vous êtes accompagnés par des musiciens de l’une d’entre elles…

La plus belle rencontre que j’ai pu faire à Paris, c’est celle de Denis Grare. Quand j’y réfléchis, je me dis que c’est un truc de fou ! Ce mec-là, c’est un des plus fidèles musiciens de Bénabar, il a composé pour Bénabar. Quand j’écoutais une chanson de Bénabar qui s’appelle « Majorette », je me disais que c’était trop bien, que cette chanson était géniale, c’est un texte de Bénabar, c’est une musique de Denis Grare ! Quand j’ai rencontré Denis Grare et qu’il a accepté de réaliser l’album, de jouer dessus, d’appeler ses copains pour y jouer également et qu’en plus, quand j’ai gentiment demandé à Bénabar et Denis, si je pouvais reprendre « Majorette », ils ont dit « oui, avec plaisir », c’était le Graal ! (Rires)

 

Guillaume Muller sera en concert en plein air le samedi 5 août à Libourne.