Guy Montagné & Sylvie Raboutet

JANVIER 2015

Propos recueillis par Sarah Milono Lhermitte

 

En couple à la scène comme à la ville, on peut dire que c’est un binôme qui fonctionne plutôt bien, est-ce réellement un plus pour le jeu ou l’écriture ?

Guy : Oui, car on ne se quitte pas. Nous écrivons et produisons ensemble, nous faisons tout et avons plusieurs casquettes. Nous partageons tous les moments. Lors d’un repas ou même au réveil nous pouvons avoir une idée, nous en parlons ou la notons,  c’est immédiat. Quand on ne vit pas ensemble c’est possible mais c’est plus long.

Sylvie : Il y a une grande complicité car nous nous connaissons très bien. Ce matin Guy avait une idée par rapport à notre autre spectacle. Il m’a dit : «  tiens j’ai pensé à cette réplique là pour toi ». L’échange est instantané.

 

Histoire drôle pour les couples, comment s’est fait le choix du thème ?

Guy : Le principe en fait, c’est qu’ au lieu que je sois seul à raconter mes histoires drôle,  je le fais maintenant avec Sylvie. Nous avons donc donné des épouses à  mes personnages. C’est ainsi que le général busart « bande de salopart » se retrouve avec sa femme Micheline, Raoul le dégueulasse avec sa femme la grosse Rosa, et de ce fait nous en avons aussi créé d’autres. Deux jeunes de banlieue notamment qui explique comment on se désintoxique de l’alcool, des chirurgiens ivrognes, Charles-Hubert  et son épouse Anne Sophie. Nous avons trouvés pleins d’autres couples différents. Tout seul je n’aurais peut-être pas réussi, mais là à deux on s’amuse, on partage la scène. C’est plus rigolo de partager quelque chose de délicieux que de le manger tout seul.

 

Guy, il y a une performance de rap en verlan incroyable, ça a été difficile à faire ?

Non, j’adore ça, j’adore faire le con. J’aime bien faire des acrobaties, faire l’andouille en somme. J’étais puni en classe pour ça. Mais depuis toujours, d’ailleurs je le disais à mes parents quand j’étais petit : « maman quand je seras grand, je seras clown ». Nous étions deux clowns loin l’un de l’autre et d’un coup nous nous sommes  rencontrés.

Sylvie : Guy à un grand sens du rythme, nous avons fait un spectacle où il avait composé toutes les musiques, il est d’une famille de musicien donc tout ce qui est musique et danse ça le connait. Et aujourd’hui les gens paye leur place pour venir et ils applaudissent. Moi aussi, j’étais un clown. Ma mère me mettait des robes ravissantes et je revenais de chez ma gardienne avec la robe toute sale car je faisais l’idiote, je me roulais par terre. Par la suite, je montais sur les tables, je faisais des sketches de Fernand Raynaud ou Roland Magdane.

 

Vous êtes-vous inspirés de votre propre couple pour l’écriture ?

Guy : Au départ le spectacle démarre par une scène de ménage, mais ce n’est pas tellement cela qui nous a inspiré. Bien sûr on retrouve dans  notre vie quotidienne des couples avec lesquels nous rigolons, mais ce n’est pas l’essentiel. Nous sommes des caricaturistes du quotidien, de Monsieur et Madame tout le monde, nous imitons les inconnus et non pas les gens connus.

 

Que pouvez-vous dire du spectacle pour inciter les gens à venir ?

Guy : Ben, Venez…  On fait monter un homme sur scène qui doit se faire opérer de l’appendicite par justement les deux chirurgiens ivrognes. On demande toujours aux épouses d’apporter leur appareil photo pour immortaliser ce moment. Si les gens ont envie de venir s’amuser tout bêtement avec un humour bon enfant, ils sont les bienvenues, avec les enfants également. Tout s’entend, il n’y a rien de déplacé ou de vulgaire. Ce ne sont pas des histoires « dégueulasses ».

Sylvie : C’est 1h30 voire plus de pure rigolade. Les gens peuvent se détendre en famille. Nous jouons nous-même des enfants à un moment. Le spectacle est donc vraiment ouvert à tous, et les enfants s’amusent tout autant que les adultes.

 

Quels sont les projets à venir ?

Guy : la suite de celui-ci qui sera un spectacle sur l’éducation des enfants. C’est très actuel. On part de la conception de l’enfant jusqu’à ce qu’il quitte le nid. Il se nommera : « Qu’est-ce qu’on va en faire ». Pas avant le mois d’octobre prochain. On est sur les dernières représentations de « histoires drôle pour les couples » que l’on joue déjà depuis 3 ans.

 

Sylvie, ça fait quoi de venir jouer dans votre ville d’origine ?

J’y reviens souvent, mais je n’ai jamais joué à bordeaux même et je suis super contente parce que j’ai joué dans pratiquement toutes les grandes villes sauf dans la mienne. Sauf bien sûre quand je faisais mes études au conservatoire de bordeaux où j’ai fait de la figuration au grand théâtre. Je suis très heureuse de venir jouer à Bordeaux, mes parents seront là. Ça va être un moment super sympa et ça me fait vraiment plaisir à titre personnel mais aussi de jouer pour les Bordelais.

 

Une réaction sur le drame « Charlie Hebdo » ?

Guy : Ce n’est pas drôle pour le coup, on fait aussi une série sur l’actualité sur le net (pépy et nénette) et cela ne nous inspire pas du tout à rire. Ce qui est arrivé est vraiment épouvantable. En revanche, le bénéfice est cet élan de fraternité qui s’est créé à la suite de ça. On espère que nos politiques seront réveillés par ce sursaut et vont enfin faire leur métier au lieu de faire des numéros de postures parfaitement inutile et insipide. Pas que pour les juifs d’ailleurs, personne n’a grâce aux yeux des enfoirés, il faut s’empresser d’oublier tout ça, que les politiques se mettent à cheval et qu’ils bossent, arrêter l’absentéisme à l’assemblée nationale et qu’ils travaillent quoi.. Comme quand un comédien ne fait pas rire, on lui dit, réécrit tes textes, fais toi mettre en scène par un professionnel, travaille. Et après tu verras si le public apprécie. La politique c’est un peu pareil.

Sylvie : il faut être à la hauteur de la tâche maintenant,  on a beaucoup ri ces derniers temps avec les croissants, les livres et les premières dames et…tout cela n’est pas très digne, il faut vraiment que ça les réveilles et qu’ils ne soient pas mort pour rien. C’est horrible, ça fait un moment que ça dure, que la communauté juive est attaqué régulièrement, les humoristes maintenant, c’est bien que ça bouge.

 

Qu’est devenu l’humour aujourd’hui ?

Guy : L’humour, il faut en faire ce qu’il doit être, faire rire. Faut pas se prendre la tête en disant on ne peut pas rire de tout. Comme disait Desproges, « on peut rire de tout mais pas avec n’importe qui », maintenant il faut aussi respecter les autres, et faire attention à ce que l’on fait. Quand on ne sait pas faire la cuisine on ne fait pas la cuisine. L’humour c’est pareil. Tout peut être dit, si c’est bien dit et drôle. C’est regrettable que des gens de talents comme Cabus, Wolinski, charb etc.…aient payés de leur vie. Je trouve cela monstrueux, incroyable. Parce que l’on a laissé se développer des amalgames entre certains humoristes et d’autres. Il  y a pleins d’humoristes qui ne savent plus faire rire, et on en voit pleins à la tv qui nous sont imposés par les Tv, qui ne sont pas drôle, qui disent du mal des gens, ce n’est pas drôle et même insultant. L’humour ce n’est pas ça, on peut être vif, ironique, satirique mais à condition d’être drôle.si ce n’est pas drôle ce n’est pas de l’humour, et le public lui sait faire la différence, il ne faut pas compter sur les gens de télévision ou les médias pour nous dire ça c’est drôle, ça ce n’est pas drôle, c’est le public qui dit. Il rit …il ne rit pas, là on ne sait pas. Sur scène par contre, le seul censeur  c’est le public. C’est le rire le critère de l’humour. On l’a un peu oublié car avant à la télévision on mettait des rires préenregistrés, et il fallait rire à ce moment-là, c’est lamentable.

Sylvie : on est accablé de voir que des gens qui étaient là depuis tellement longtemps comme Charlie Hebdo soient ainsi assassinés, c’est horrible. Ça ne nous empêchera pas de continuer de faire rire, On fait attention, on fait notre métier pour faire rire, pas pour choquer.Il y a une forme d’humour qui est celle-là et c’est bien qu’elle existe, il faut qu’il y ait des gens qui choquent.

Guy : Des fois nous aussi on choque un peu, mais faut que ce soit drôle et que ça fasse rire, et Charlie s’était drôle. C’est juste horrible. Il faut profiter de cet élan de fraternité pour continuer la dedans, surtout oublier les haines et surtout ne pas écouter ceux qui attisent les haines, quels qu’ils soient, politiques, humoristes etc. journalistes ou autres, ne pas écouter les sirènes nauséabondes.

Sylvie : rester l’esprit ouvert, ce n’est que de l’humour.

Guy : Partager. La différence entre la télévision et le théâtre c’est qu’au théâtre il y a un partage, quand ils viennent ils viennent rire ensemble, c’est bien meilleur que de rester le cul posé devant son poste, ça n’amène rien.  C’est aliénant.

 

Guy Montagné et Sylvie Raboutet les 6 et 7 février au Théâtre Fémina.

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