HORD

JANVIER 2017

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« Ce que je veux garder à tout prix, c’est ma liberté de création »

 

Hørd alias Sébastien est un musicien, vidéaste, installé à Bordeaux. Ce projet solo est né en 2013 avec l’envie d’explorer la musique électronique, synthétique, prenant sa source dans divers influences musicales et cinématographiques. Après la sortie d’un premier EP en 2014 et d’un album en 2016, en collaboration avec des labels européens, Hørd s’apprête à sortir un nouvel opus, « Futures ».

 

Question incontournable, présentez-nous votre projet.

C’est un projet solo que j’ai démarré en 2013, sur les cendres d’un autre groupe que j’avais. Quand ça s’est terminé, j’ai entrepris en parallèle un projet solo, de musiques plutôt électroniques parce que j’utilise essentiellement des synthétiseurs, des boîtes à rythmes et l’ordinateur. A la base, je suis guitariste mais j’avais envie de prendre un nouveau virage et d’utiliser d’autres instruments.

 

Sur scène, vous avez une mise en scène particulière. Vous utilisez des images.

Cette mise en scène-là est très occasionnelle. Mais j’ai eu l’occasion de collaborer avec un dessinateur qui s’appelle Loïc Doussin. On a fait effectivement quelques concerts ensemble où il projetait des vidéos pendant que je jouais. Concrètement, il a créé des images et les travaille en temps réel sur la musique. Mais c’est quelque chose qu’on fait assez rarement maintenant, parce que nous n’avons pas toujours l’occasion d’être réunis pour le faire. C’est un peu la base du projet, parce que c’est Loïc qui m’avait proposé il y a trois ans, de faire une création à deux pour faire une performance. Du coup, ça m’a obligé à formaliser le peu de chansons que j’avais à l’époque pour me lancer sur le concert. Alors l’origine du projet, c’est un peu ça, mais ensuite j’ai continué à développer, véritablement en solo, ma musique.

 

Monter sur scène, c’était une évidence ?

J’ai toujours fait des concerts depuis que j’ai 16 ans. Pour moi, les concerts font partie de la vie d’un groupe. Effectivement, il y a toujours deux temps dans la musique, comme dans toutes créations ; il y a le temps un peu plus solitaire du travail personnel, de la composition, de l’enregistrement aussi. Et puis, il y a un temps, comme on peut dire vulgairement, de la restitution où on propose quelque chose devant le public. C’est un tout autre travail que de passer du studio à la représentation face à un public. D’ailleurs, parfois il n’y a pas vraiment de lien, certains artistes font des choses en concert qu’on ne retrouve pas forcément sur les albums. Et inversement. Moi, je dirais qu’il y a des morceaux que je ne joue pas du tout en concert pour des raisons pratiques, techniques, ou tout simplement parce que je n’en ai pas envie. Et puis, il y a d’autres chansons que je joue en concert mais que je n’arrive pas à enregistrer.

 

Aujourd’hui, vous en êtes où en termes d’enregistrements ?

Mon premier EP date de début 2014. Puis, j’ai fait l’an dernier un EP avec un label qui s’appelle Anywave. Ensuite, j’ai sorti mon premier album allemand, sur Giallo Disco Records, en février 2016. Ce disque a été très bien reçu, c’est un très bon label, ça s’est très bien passé.

 

Comment s’est passée cette rencontre avec ce label ?

Ce label m’avait contacté un an plus tôt pour me proposer de participer à une compilation sur des fausses B.O de films. Après, ils m’ont fait comprendre qu’ils souhaitaient bien faire un album avec moi. C’était, bien sûr, quelque chose dont je rêvais depuis que j'ai commencé la musique, donc là, j’ai eu l’occasion de faire un vrai album. Depuis, j’ai été sur une autre compilation vinyl belge, et puis, il y a un EP, « Futures » qui sortira en janvier sur un autre label allemand, Sacred court. Ce label a été créé par un mec de la techno berlinoise qui commence à gagner en notoriété : SNTS. Cet EP a été composé en un mois, en mai et il a été finalisé entre le mois de juin et le mois d’août.

 

De quoi s’inspire votre musique dans les textes et les compositions ?

Dans les textes, c’est un peu dur à dire parce qu’il y a des choses un peu surréalistes. Certains parlent des relations aux autres, où abordent des thèmes directement liés à la vie amoureuse… Je ne sors pas des grands classiques de la musique. C’est plus ou moins autobiographique, ou plutôt c’est de l’autofiction ! C’est-à-dire que je pars souvent de choses personnelles et je les transforme pour les rendre un peu narratives. Mais, je dis toujours que j’ai l’impression de faire des fictions. Pour moi, faire de la musique, c’est faire des fictions, ça c’est important. Je ne raconte pas une histoire, mais plus des impressions, parfois c’est assez abstrait, parfois, c’est comme si je me parlais à moi-même… C’est très varié, en réalité. Les paroles sont une chose, mais il faut que ça reste musical, pour moi c’est important. Il faut que ça aille avec la musique, avec les sonorités etc. Ça fait partie des instruments, comme le reste.

 

Et ces sonorités sont exclusivement électroniques ?

Oui, exclusivement. Ce ne sont que des sons qui sont faits avec un synthétiseur. C’est très solitaire comme travail, il y a des choses qui viennent très spontanément et d’autres qui vont me demander plusieurs années de travail pour finir un morceau. Sur mon premier album, il y a des morceaux qui ont déjà quatre ou cinq ans, que j’avais écrit et joué avec le groupe que j’avais avant mais ça ne marchait pas. Quand j’ai lancé mon projet solo, j’ai pu m’y plonger vraiment, d’une manière plus personnelle, et j’ai réussi à les emmener là où je voulais. Et puis parfois, il y a des morceaux qui sortent en une journée.

 

On imagine que les collaborations avec des labels européens vous amènent peut-être à faire des concerts ailleurs qu’en France, et à Bordeaux notamment.

Je fais des concerts à Bordeaux évidemment, mais oui, je fais des concerts partout où je peux aller. J’ai beaucoup joué à Paris notamment, en fait je joue quasiment autant à Paris qu’à Bordeaux. J’ai joué à Toulouse, à Nantes, en Allemagne, en Belgique, en Espagne… Cet été, je vais retourner jouer en Allemagne parce que je suis invité sur un gros festival. En fait, je ne me considère pas comme un artiste typiquement bordelais. Je suis content de jouer à Bordeaux, j’ai mes amis ici, c’est là où j’habite mais je n’ai pas l’impression de faire des choses spécifiques pour le public type bordelais. Tous les gens avec qui j’ai travaillé de manière professionnelle ne sont pas des Bordelais.

 

N’avez-vous pas envie de quitter Bordeaux pour rejoindre la capitale par exemple ?

Non, je n’aime pas trop Paris, en fait ! J’aime bien ma vie bordelaise. J’aimerais le plus longtemps possible, rester dans une ville à taille humaine. Etre à Bordeaux ne me pose pas vraiment de soucis quant à ma vie artistique.

 

Vivez-vous de votre musique aujourd’hui ?

Non parce que ce n’est pas ma prétention. Je travaille dans l’audiovisuel en parallèle, je donne des cours de cinéma et je fais des interventions dans le domaine de l’audiovisuel. J’aimerais bien en vivre évidemment mais disons qu’aujourd’hui, ce n’est pas une quête. Moi ce que je veux garder à tout prix, c’est ma liberté de création. Si je fais des concerts, une, deux ou trois fois par mois, pour autant je ne cours pas le cachet.

 

Le nouvel EP de Hørd « Futures » disponible à partir du mois de janvier 2017.