I am Stramgram

AVRIL 2016

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« J'ai commencé la musique à 12 ans lorsque j'avais de l'acné, les cheveux gras et qu'aucune fille ne voulait me faire des bisous. »

 

I am Stramgram est un artiste atypique, lunatique même selon ses propres révélations,  qui, au fil de ses mélodies pop-folk, nous transporte dans ce merveilleux univers du souvenir. Au lendemain de la sortie de son « Patchworkitsch Triptyque », le Bordelais de 22 ans a remporté le prestigieux Prix Ricard SA Live Music 2016.

 

Vincent Jouffroy alias I am Stramgram, présente-toi à nos lecteurs.

Je m'appelle Vincent, j'ai 22 ans, je mesure 1m80 pour 70 kilos, je suis sportif de haut niveau et blindé de pognon. J'ai été le chanteur de Queen, guitariste pour Radiohead, entre autres. Sinon, j'ai fait des études de cinéma documentaire. Je joue dans d'autres groupes au sein du « Collectif des Fennecs », je bois dans des pubs en y organisant parfois des scènes ouvertes, je travaille parfois avec le théâtre et la danse, je regarde beaucoup de séries, je considère Pierre Gattaz et L.E.J comme les cancers de notre société, j'achète des vinyles pour me donner des sujets de conversation en société, j'aime bien habiter à Bordeaux et prendre le tram sans titre de transport pour être un peu punk.

 

« Patchworkitsch Triptyque », ce projet est sorti fin 2015, parle-nous-en.

Le Patchworkitsch Triptyque propose un travail en trois parties, où chaque chanson a sa page web et se présente comme un tout. Une entité autonome où propositions esthétiques et vidéos viennent compléter la musique pour offrir une proposition plus large et généreuse. Ce collage hétérogène est cependant rendu cohérent par le thème central du souvenir et de sa fuite. La dernière partie sortie en décembre, comprend deux morceaux mis bout à bout  --pour élever le clip vers une forme plus court métrage -- et propose trois vidéos différentes. Ainsi, vous pouvez choisir la manière dont vous préférez découvrir les titres, décider de la manière dont les images influencent cette découverte, ou construire vos propres souvenirs en naviguant entre les films. Une cinquantaine de personnes et de copains ultras talentueux ont bossé là-dessus, c'était un sacré truc !

 

La musique, ça t’a pris très tôt ?

J'ai commencé la musique à 12 ans lorsque j'avais de l'acné, les cheveux gras et qu'aucune fille ne voulait me faire des bisous. Mon voisin et ami de toujours de l'époque Cyril s'était vu filer une guitare classique pourrie par un des membres de sa famille. On a appris ensemble et décider de « monter un groupe » (avec de gros guillemets...). Parallèlement, j'avais deux frères plus âgés à la fac qui avaient pas mal d'amis qui s'intéressaient à la musique indé'. J'ai commencé à puiser dans leurs disques et à me dire que Scatman et la B.O du Roi Lion n'étaient peut-être pas si cool (quoique même avec le recul, quelques thèmes de Hans Zimmer y sont géniaux...) ... On s'est nourrit de plein de trucs à l'époque qui ont forgé nos goûts et notre curiosité. On a monté à 14, 15 ans Edelweiss, un groupe de rock français qui en toute honnêteté, jouait plutôt bien des titres dégueulasses et appris pas mal de bases en faisant beaucoup de concerts. 

 

Quand tu parles de ta musique tu la qualifies de « pop lunatique », ça veut dire quoi ?

Ça veut dire que c'est de la pop, et que je suis un type super lunatique. Je suppose que ça se ressent lorsqu'on passe de morceaux folk épurés à des titres plus électriques. En tout cas, ça reste humblement pop rock. Je n'aime pas me perdre dans trop d'appellation à rallonge pour intellectualiser le contenu. L'évidence pop à quelque chose de beau et de direct qui m'a toujours attiré.

 

Tu évoques l’enfance dans ta musique, ton nom d’artiste y fait aussi référence. Es-tu nostalgique ?

Oui, beaucoup. Je suis déjà en train de pleurer en repensant à mes derniers mots "Oui, beaucoup." Putain, ça parait déjà trop loin ce moment où j'écrivais "Oui, beaucoup."...

Mais oui, les souvenirs sont effectivement la thématique principale du Patchworkitsch Triptyque. L'enfance, l'adolescence, ces périodes durant lesquelles tu imprimes beaucoup et les choses qui ont un impact durable sur ta vie. Tes premières découvertes musicales, tes premières relations amoureuses, tes premiers vrais dilemmes, tes premières cuites et l'absence de responsabilité. Tout est très fort. Je pense aussi à certains livres comme Price de Steve Tesich ou L'Attrape-coeurs de Salinger qui évoquent avec une belle justesse ces passages. Les souvenirs, c'est quelque chose qui demande beaucoup d'efforts. Lorsqu'ils font partis du processus d'écriture, c'est un gros travail d'introspection et de précision pour s'en ressaisir et les retranscrire.
 

Je t’ai vu en première partie de Lou Doillon, au mois de novembre au Krakatoa. C’est indéniable, ton univers musical se laisse découvrir par ton interprétation, un véritable jeu de scène. Tu l’as travaillé ou c’est venu tout seul ?

C'est très difficile d'émettre un avis sur ma propre attitude scénique... Je n'aime pas forcer, exagérer les choses. J'ai fait beaucoup de théâtre étant jeune -- du CM1 jusqu'à une première année de conservatoire avortée car le programme comprenait 2h de danse classique semaine... #cestmort -- ce qui a peut-être contribué au fait d'être à l'aise sur scène. Malheureusement, je suis un peu victime de mon côté lunatique: j'y prends parfois beaucoup de plaisir comme je peux y être très mal à l'aise. Une chose est sûre, c'est qu'il faut que les concerts restent vivants et organiques. J'ai la chance d'avoir un entourage qui m'aide à optimiser ces propositions artistiques, à rendre le tout le plus juste possible tout en conservant sa justesse initiale. Ils sont beaux comme des arcs en ciel et je les aime d'amour, je serai perdus sans eux !

 

Le Krakatoa (Mérignac) et Les chantier des Francos (La Rochelle) t’accompagnent dans ton projet. De quelle manière ?

Il y aussi Arema Rock&Chanson, la Rock School Barbey sur la période du printemps de Bourges, et l'équipe-a qui s'occupe du management et de la production. Ils ont tous un rôle complémentaire sur l'accompagnement. Le krakatoa m'aide beaucoup sur la stratégie, l'administratif, l'insertion au national, pendant que Arema met à disposition sa salle pour les résidences et Manu son savoir-faire sur la création lumière d'un concert. Le chantier des Francos, quant à lui, a été une étape de travail cruciale avant de partir en tournée. Nous étions nourris de regards extérieurs et nous avons pu rôder au mieux le set avant de partir sur les routes. Ils sont aussi beaux comme des arcs en ciel et je les aime d'amour, ils y sont pour beaucoup dans toutes les avancées du projet en ce moment !

 

Tu as remporté le Prix Ricard SA Live 2016, ça va changer ta vie ?

C'est un milieu où nous sommes très vite oubliables et interchangeables, donc je ne sais pas si ça va « changer ma vie » à jamais. Cela donne cependant une formidable dynamique sur l'année. Les dates avec le dispositif, l'aide financière et l'équipe super à l'écoute qui compose le prix sont autant de manière d'avancer et de tenter de se bonifier.

 

As-tu un album en préparation ?

Je travaille sur des reprises des solos de clarinette de Christian Morin. C'est du taf'.

Pour le reste, l'EP vinyle 6 titres fixant enfin le format numérique en physique sortira en juin et un second EP verra le jour en fin d'année. Mais cela va dépendre de mon taf' sur Christian Morin.

 

I am Stramgram sera le 1er juin au Festival de la poésie à Bazas et 21 juillet à l’Hôtel de Ville de Bordeaux.