Innvivo (Scène Aquitaine)

JUIN 2017

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« J’ai la chance d’être entouré de personnes qui rêvent beaucoup »

 

Le groupe bordelais Innvivo a sorti le 17 mai dernier son nouvel EP, "Long d’une Seconde". Un opus qui décante une série de songes dérivant à la fine frontière de l’enfance et de l’âge adulte. Génération en pleine révolution, voyage sans retour, chargé d’inquiétude mais aussi de lumière et d’épanouissement... Nourris de cette aventure subliminale, Innvivo propose ce carnet de fables situé entre la chanson et le rap.

 

Quel est votre parcours, comment s’est formé le groupe ?

Hugo : Le groupe a été créé en 2011, même si la formation a évolué jusqu’à aujourd’hui. Le groupe sous la forme actuelle a cinq ans. Le guitariste et moi, nous nous connaissons depuis longtemps. A la base, c’est un groupe de copains. Les autres musiciens, nous les avons rencontrés au fil de notre cursus au sein du Conservatoire de Bordeaux, on étudiait tous le jazz et les musiques actuelles. Ce groupe s’est construit autour d’influences groove et jazz. Moi, batteur à la base, j’ai pris cette place d’auteur dans ce projet et de rappeur. Ça nous a amené à prendre une direction plus rap par la suite, mais toujours avec nos influences d’origine.

 

A quel moment avez-vous pris cette direction plus rap ?

Ça s’est affirmé sur le premier EP, en  2014. Cette année-là, nous avons vraiment fait un choix artistique.

 

Comment justifiez-vous ce choix, il y a eu un événement qui a fait que ?

Pas vraiment. Innvivo est un groupe qui fonctionne de manière assez démocratique. Nous sommes cinq et chacun à son mot à dire. Donc on avait beaucoup d’influences et on a mis beaucoup de temps à se cadrer, à trouver un équilibre. Et il se trouve que cette formule rap un peu groovy a mis tout le monde d’accord.

 

Outre le rap groovy, encore une fois dans le premier extrait « Saccharose » de votre nouvel EP « Long d’une Seconde », on retrouve un mélange d’influences. C’est plus fort que vous ?

Oui, on essaie de garder nos influences, nous n’avons pas envie de nous contraindre à quoi que ce soit. Il y a beaucoup de chansons françaises, de rock aussi dans mes influences à moi. Je pense que c’est lié au texte. Les textes sont en français, ils racontent des histoires sous une esthétique de littérature, tout cela nous amène naturellement vers certains styles musicaux.

 

Au-delà des influences, sur « Saccharose » les rythmes varient à tel point qu’on a l’impression d’écouter plusieurs morceaux en un seul…

C’est quelque chose qu’on faisait beaucoup à nos débuts. On a lâché cette façon de faire suite à une remise en question sur ce côté patchwork, cette envie de faire beaucoup de choses mais qui donnait des morceaux un peu compliqués. Outre « Saccharose », les autres morceaux de l’EP sont figés dans un style. Sur celui-là, c’était un peu une volonté pour nous de faire un retour en arrière, comme un petit plaisir personnel qu’on s’offre avec un morceau dans lequel on se permet des libertés, des virages dans la structure musicale. Un seul élément est constant sur ce morceau, c’est la guitare acoustique qui joue toujours les mêmes accords, mais en arrière-plan.  

 

Parlez-nous de ce nouvel EP, qu’est-ce que ça donne ? Qu’avez-vous voulu nous raconter ?

Dans cet EP, on parle du passage de l’enfance à l’âge adulte, de la prise de responsabilités et si on utilise des grands mots, le côté désenchantement de ce que cela implique. Tous les textes abordent cette période de transition où on doit apprendre à s’assumer dans ses choix, dans ses idées, tout en essayant de garder en nous une part d’enfance, de bêtises et de fantaisie.  

 

Avez-vous si mal vécu ce passage de l’enfance à l’âge adulte ?

C’est une transition que j’ai vécue pendant la période de composition. C’est un phénomène qui m’intrigue et pas seulement à mon échelle. A force de discussion avec le groupe, nous nous sommes rendu compte que c’était quelque chose qui était au centre de notre construction individuelle.

 

Pensez-vous que c’est un sujet plus fortement ancré dans le contexte actuel ?

C’est un sujet qui est à la fois cyclique, qui était déjà là lors des générations précédentes et qui reviendra ; mais qui ne s’exprime pas de la même manière de génération en génération. C’est un sujet qui peut toujours se concrétiser dans des exemples d’actualité. C’est aussi une manière d’aborder des sujets socio-politiques mais avec toujours un recul poétique, sans être dans un engagement pur et dur. On essaie d’avoir plus un regard contemplatif.

 

Cette manière de dire les choses tout en poésie, comment le cultivez-vous ?

C’est comme ça que je vois les choses dans la vie, en fait. J’ai la chance d’être entouré de personnes qui rêvent beaucoup et avec qui on aime bien poser ce regard un peu poétique sur la vie. C’est comme cela qu’on se l’exprime à nous-mêmes et c’est comme cela qu’on a envie de l’exprimer aux autres.

 

Est-ce une manière d’embellir les choses ? 

Oui, c’est une manière de voir le côté « Beau » de la vie. Et puis ça permet de faire des textes très imagés, sans être dans un discours direct.  Ce qui est merveilleux dans ce mélange de vieil enfant et de jeune adulte, c’est de savoir poser sur quelque chose qui pourrait paraître complètement creux et vide, beaucoup d’émotions, beaucoup d’images. C’est en tout cas cela qui m’intéresse.

 

Maintenant que l’EP est sorti, quelle est la suite ?

Cet EP (disponible sur toutes les plateformes numériques d’écoute de musique, Ndlr) va être signé sous une maison d’édition que je suis en train de créer. On essaie principalement de se construire en autoproduction en ce moment. Pour l’instant s’il n’y a pas d’autres EP en préparation, je pense que nous allons faire des vidéos. On aimerait passer plus de temps à travailler les clips. Donc je pense qu’on va sortir beaucoup de morceaux ponctuels. Et notre objectif principal, c’est de faire plus de live.

 

Innvivo jouera en duo acoustique en face de la librairie Le Passeur à Bordeaux le 21 juin pour la fête de la musique.