Scène Aquitaine

Jesse Cool

JUIN 2015

Issu du groupe reggae Sun Djata Sound, Sinjay alias Jesse Cool fait partie de ces chanteurs à la carrière bien rempli. Parmi les belles collaborations qu’on lui prête, Jesse Cool a joué entre autres avec Big Dady, Colonel Maxwell, Big Red, Daddy Morry "Raggasonic" Earl Sixteen… Artiste incontournable de la scène reggae, il puise sa force musicale dans des textes puissants et des mélodies percutantes et chante, le souffle de la vie.

 

 

Avant d’être musicien, vous êtes surtout un humaniste pacifiste. Parlez-nous de vos combats, non-violents, évidemment…

Je fais de la musique mais je suis aussi un militant et je fais pas mal de choses dans ce sens-là. Je donne par exemple des cours de méditation, gratuitement. Pendant 5 ans, j’ai donné des cours dans une prison à Niort. Je suis parti plusieurs fois en Afrique. Mon dernier voyage était au Sénégal, il y a deux ans,  et pendant 4 ans, on y a organisé des rencontres interreligieuses et on a fini par faire une grande soirée à Dakar qui réunissait chrétiens et musulmans.

 

C’est à la fin des années 80 que votre carrière a débuté. Quel regard portez-vous sur ces années ?

On ne peut pas vraiment parler de carrière parce que, quand on est musicien, la musique est avant tout une passion. En faisant du reggae, évidemment, il y a un côté militant, on balance dans nos textes les injustices. Et puis j’ai commencé dans le sound system où on racontait les choses du quotidien, et honnêtement, comme je venais de la région parisienne, il y avait pas mal de choses à dire !

 

En 1989, c’est la création du Sun Djata Sound, une référence dans le milieu.

C’est devenu une grosse référence, sans le faire exprès ! On l’avait créé surtout pour nous, pour s’amuser. Au bout de 6 mois, un an, ça a complètement décollé et c’est devenu une des références, il y avait tout le temps du monde. Beaucoup d’artistes venaient, je me souviens de la venue de Solar, d’NTM. C’était bien, il y avait de la bonne musique, des bons tchatcheurs !

 

Qu’est-ce que cela vous a-t-il apporté ?

Le sound c’est un peu comme une école. On sait que chaque week-end on joue, parfois même plusieurs fois par semaine et donc, à chaque fois, il y avait une espèce de challenge, il fallait sortir de nouveaux morceaux, et dans la semaine, du coup, il fallait écrire. On écoutait les instru qui arrivaient et on essayait de poser un texte dessus pour que le public puisse écouter de belles choses. Je pense que ça apporte cette facilité d’écriture, le côté improvisation mais aussi l’aspect animation…

 

Vous êtes engagés dans de nombreuses missions et actions culturelles. C’est essentiel et complémentaire à votre musique ?

Oui car quand j’ai commencé, la musique ne me faisait pas vivre et je suis devenu animateur pour les jeunes dans les quartiers un peu sensibles. Il a de suite fallu trouver des idées pour qu’on puisse faire des choses sympas, créer des ateliers musique et autres, des organisations de voyage… Comme je faisais déjà de la méditation, j’ai aussi pensé que je pouvais apporter ça aux autres, évidemment gratuitement, pour rendre accessible ce bien-être.

 

Parlez-nous de votre album solo… A quoi doit-on s’attendre ? 

Un album que peut-être je sortirais ! Ce sera un album avec beaucoup de maturité, normal après toutes ces années ! Il sera influencé par le sound, par ma rencontre avec Lyadia, qui a partagé avec moi beaucoup de choses (musique africaine notamment), il y aura des percu, de la guitare… Ce sera du reggae mais j’ai aussi travaillé d’autres styles, de la salsa à la soul, de la musique indienne… Il y aura donc des couleurs ! Avec Lyadia nous préparons un album qui sera aussi fort en textes qu’en musique.

 

Quels messages tentez-vous de faire passer à travers votre musique ?

Ce sont des messages résolument positifs. Mais sinon j’aborde tous les sujets l’amour, le racisme, l’écologie, tout ce qui touche à la terre car je jardine aussi alors j’aime vraiment cet élément…

 

Quelle est selon vous, la clé du bonheur ?

Je pense que je suis un gars qui vit dans le bonheur, parce que j’ai trouvé mon truc. Mais est-ce que mon truc irait à tout le monde ? Je ne suis pas sûr. Ça peut paraître prétentieux de dire que je suis heureux. Je vis au jour le jour, je vis le temps présent et pour moi, peut-être que la clé est là, vivre au présent.

 

Quel constat tirez-vous de notre société actuelle ?

Elle est très égoïste, très matérialiste. On nous propose un système économique où il est très possible qu’on se casse la gueule, malheureusement les gens ne seront pas près. Moi, je suis déjà dans une démarche éco-citoyenne, d’entraide et de partage. Je fais beaucoup de bénévolat et je pense que c’est ça qui me rend heureux. Le système est mal foutu vraiment, quand on voit par exemple le salaire de footballeurs qui gagnent des millions et des gens qui sont en galère avec un SMIG… Ce système est tellement bien ficelé qu’on ne peut pas facilement sans défaire. La seule façon serait de changer à l’intérieur de nous, se transformer. C’est Gandhi qui disait ça : « Je change à l’intérieur de moi, le monde en profite » ! 

 

Le 13 août à la Garluche à Mimizan

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