Les Hurlements d'Léo chante Mano Solo

JUIN 2016

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« C’est un projet rassembleur autour de Mano Solo qui nous a laissé de belles chansons. »

 

120 dates de concerts. Depuis deux ans, Les Hurlements d’Léo sont sur les routes, présentant à qui veut bien prendre la peine de l’écouter, un vibrant hommage à Mano Solo, référence incontournable du combo bordelais. Convaincu de la beauté du projet, Napo Romero, le guitariste de Mano Solo, a très rapidement rejoint les rangs du groupe, comme d’autres artistes d’ailleurs qui font entendre leur voix sur le dernier album des Hurlements d’Léo. Rencontre avec Laurent Kebous.

 

Comment ce projet est-il né ?

Depuis la création du groupe, nous avons toujours été influencés par la musique de Mano Solo. Et puis, alors que nous terminions notre tournée en 2013, pendant que nous étions en train de charger les camions, j’ai réfléchi à la suite et l’idée de rendre hommage à Mano Solo m’est venue. J’en ai parlé au groupe sans savoir si ça allait devenir un projet en solo ou autre. Mais les autres membres du groupe ont eu envie de le faire, c’est devenu un projet collectif. Tout le monde se l’est accaparé et on l’a fait avec une belle énergie. 

 

La liste des chansons de Mano Solo est longue, comment avez-vous travaillé votre sélection ? 

En fait, ça a été simple, chacun a choisi ses trois titres de chevet.

 

Qu’avez-vous voulu apporter aux chansons de Mano Solo ?

Nous n’avons pas touché aux textes, ni aux lignes vocales. On ne voulait pas abîmer l’œuvre de Mano Solo. Nous avons travaillé sur les arrangements pour que le public retrouve à part égale Mano Solo et Les Hurlements d’Léo. Nous sommes des musiciens, on ne peut pas s’en empêcher. Mais l’esprit de Mano Solo est bien présent, d’ailleurs sur scène, nous lui avons gardé la place centrale, les chanteurs sont sur les côtés. Donc c’est projet un pour lui et avec lui. D’ailleurs, avant que vous ne me posiez la question, le produit des disques vendus ne nous revient pas, il revient aux ayants droit de Mano Solo. Nous, nous ne touchons que notre cachet d’artiste lorsque nous montons sur scène.

 

Pour ce projet, vous vous êtes entourés de nombreux artistes tels que Zebda, Les Ogres de Barback ou Bertrand Cantat. Pourquoi ce choix ?

Là encore, c’est venu naturellement. Lorsque nous parlions de ce projet aux artistes que nous croisions, ils ont eu envie de se joindre à nous. C’est comme ça qu’une quinzaine d’artistes se sont retrouvés sur ce double album. 

 

Vous portez ce projet sur scène depuis de nombreuses dates, le public des Hurlements d’Léo est-il le même que celui de Mano Solo ?

Peut-être que oui, peut-être que non. Mais les uns et les autres se croisent dans la fosse. C’est un projet rassembleur autour de Mano Solo qui nous a laissé de belles chansons. Le but est de rendre hommage à cet artiste qui en fin de carrière, a été boycotté par les médias en général, parce qu’il avait trop ouvert sa gueule et je trouve ça hallucinant qu’aujourd’hui encore, ses chansons ne soient pas diffusées en radio. Il a pu dire des choses, mais je pense que ça ne lui a pas servi, même s’il a eu 100 fois raison de le faire. Trop peu d’artistes s’engagent vraiment et osent taper du poing sur la table quand il le faut.

 

Ce projet s’est aussi développé sous forme de livre. D’où est venue cette envie, et pourquoi ?

Nous avions envie de garder une trace de cette aventure qui nous a fait grandir. Mano Solo nous a fait du bien. On a voulu mélanger trois disciplines artistiques : La photo, l’écrit et le son. Yannick Delneste (journaliste au quotidien Sud-Ouest, Ndlr) a réalisé les interviews de toutes les personnes qui nous ont accompagnés pendant cette tournée de plus de 100 dates et qui s’achèvera au mois d’août. Les photos sont signées Pierre Wetzel et l’ouvrage accompagné d’un disque live de 19 titres. Ce livre, c’est un peu notre manière à nous de tourner la page sur cette aventure, tout en conservant une trace.  

 

Après l’hommage à Mano Solo, vous avez un nouveau projet cette fois-ci avec vos potes Les Ogres de Barback.

Oui, en 2001, les Ogres de Barback et Les Hurlements d’Léo formaient "Un air, deux familles". Nous avions fait une tournée européenne pendant deux ans, vendus 50 000 exemplaires. Quand Fredo est venu nous rejoindre sur la tournée pour Mano Solo on s’est souvenu de cette aventure, l’un et l’autre, nous avions des étincelles dans les yeux, alors on s’est dit qu’il fallait le refaire. Donc nous remonterons, les deux formations pour n’en faire qu’une, sur scène dès janvier 2017. Et peut-être qu’à la suite de ça un album sortira, mais il est encore trop tôt pour le dire. Et puis, à l’occasion des 20 ans d’existence des Hurlements d’Léo nous sortirons un album, mais il faudra attendre septembre 2017. 

 

Les Hurlements d’Léo seront sur la scène du Festival Musicalarue le dimanche 14 août à Luxey. 

SEPTEMBRE 2015

(Interview de Laurent Kebous)

 

Il a marqué toute une génération de jeunes avec ses textes qui transpiraient révolte, colère et tristesse tout en poésie. Mano Solo et son cœur ouvert, Mano Solo emporté par sa maladie en 2010, laissant derrière lui une famille de musiciens alternatifs orphelins. C’est à cette famille qu’appartiennent les Bordelais, Les Hurlements d’Léo et c’est à eux que nous devons cet album/hommage « Les Hurlements d’Léo chantent Mano Solo »…

 

Comment l’idée de reprendre le répertoire de Mano Solo (principalement de ses débuts) vous est-elle venue ?

On a décidé de lui rendre hommage parce que, quand on a commencé avec Erwan, en 95, on jouait déjà des chansons de Mano Solo. On a fait notre chemin, Mano Solo a fait le sien et puis en 98, on s’est retrouvés aux Portes de Vitrolles. Il y avait là-bas  un café-concert qui s’appelait Le Sous-marin, que la municipalité FN, à peine les clés de la Ville en mains, s’était empressée de fermer. Du coup, il y a eu une semaine de manifestations, à l’entrée de la ville de Vitrolles, sous chapiteau, avec des concerts, des associations qui avaient la parole, des militants, etc. On s’est retrouvés à jouer pour eux et on a rencontré Mano à cette occasion-là. En discutant avec lui, nous nous sommes rendus compte que nous avions des inspirations communes notamment l’inspiration antifasciste, on était d’accord sur le fait qu’il ne fallait absolument pas laisser le terrain à ces gens-là et qu’il fallait combattre.

 

Ce sont au total 26 chansons sélectionnées… Etait-ce compliqué de choisir ?

Non parce qu’on est nombreux dans le groupe, on est 8 et 4 à chanter. C’est aussi un avantage car si j’avais été le seul à devoir porter les textes de Mano Solo en live, ça aurait été compliqué parce qu’il était tellement unique… Le fait qu’on soit plusieurs, ça adoucit un peu la personnalité de Mano qui était très forte, très écorchée. C’était un artiste hors-pair qui arrivait à fédérer malgré lui, il chantait et écrivait très bien, ses textes restent assez intemporels. Du coup, je trouve ça intéressant qu’il y ait un mélange, ça permet au public des Hurlements d’Léo, celui des autres artistes qui sont venus et à celui de Mano de se rencontrer. Mano était aussi quelqu’un d’assez frontal et de temps en temps, il perdait des gens, il ne parvenait pas à les rallier à sa cause parce qu’il les prenait un peu à rebrousse-poil ! Mais ses chansons sont vraiment bien foutues et je pense que dans une conjoncture comme aujourd’hui,  c’est bien d’entendre sa poésie résonner, sa poésie crue et lucide.

 

Rapidement, l’idée de faire chanter avec vous une farandole d’invités s’est imposée…

Disons que pour que l’hommage soit plus fort, on a décidé de le partager avec de nombreux artistes issus de la scène française, parce qu’on pensait que ça aurait plus d’échos, que ce serait beaucoup plus fort. Après, ça s’est mis en place assez simplement, il y a des personnes qu’on a choisies, d’autres qui nous ont choisis et sont venues vers nous pour nous dire qu’elles aimaient l’univers de l’artiste. On est très contents en tout cas d’avoir pu collaborer avec tous ces artistes sachant qu’en plus ce sont des personnes qui comptent pour nous tant sur le plan humain que musical.

 

Pour que ce projet aboutisse, il vous fallait l’aval des plus proches collaborateurs de Mano. Comment ça s’est passé ?

Oui, pour lui rendre hommage il nous fallait absolument rencontrer les gens de la ‘Manosphère’. J’ai d’abord rencontré Fatiha Bendahmane, sa manageuse de toujours, et elle a glissé dans mon chapeau quelques numéros de téléphone et notamment celui de Fred Kleinberg, un ami-peintre de Mano, qui nous a fait la pochette de l’album, mais aussi d’un musicien, Napo Romero, qui était guitariste de Mano sur ses deux premiers disques et qui avait monté un groupe avec Mano, que les gens connaissent peu et qui s’appelle Les Frères Misères, un groupe de pop rock avec des revendications beaucoup plus sociales. Napo a rejoint notre projet, ça fait deux ans qu’il est sur scène avec nous. Ils sont tous venus avec nous sur la tournée, ils sont venus nous écouter en résidence, ils ont dit ce qu’ils trouvaient beau, fort, moins bien, ils nous ont aiguillés sur l’œil qu’aurait pu avoir Mano sur les choses, c’était un peu un garde-fou. C’était vraiment chouette parce que ça a ravivé une flamme autour de Mano pour beaucoup de gens.

 

Les Hurlements d’Léo se sont retrouvés après une courte séparation, en 2005… Est-ce parti pour durer ?

Oui, il y a tellement longtemps qu’on n’s’en souvient même plus. C’était de 2005 à 2009. Parti pour durer après je ne sais pas, parce que nous, on a tout le temps des projets. Une fois qu’on a fait deux ans de tournée, on s’arrête, on fait le point, chacun fait ses trucs de son côté, Machin prépare son album en solo, Truc et Bidule partent jouer avec leur fanfare etc. On est tous à œuvrer à côté même si Les Hurlements d’Léo, c’est vraiment notre projet-phare. Ce qui est sûr, c’est qu’à chaque fois qu’on se retrouve, c’est qu’on a quelque chose de fort à partager ensemble, sinon on attend que ce soit le moment.

 

D’ailleurs, présentez-nous les membres des HDL…

Jean-Nicolas est à la batterie, Reno à la contrebasse, Napo à la guitare flamenca et la guitare électrique, Erwan au chant, Julien au sax- baryton, au chant et à la guitare, Vincent au violon,  au chant et au saxophone ténor, Jojo à l’accordéon et au trombone, Pepito à la trompette et au chant et moi, à la guitare électrique et au chant. On est 8 sur scène, 13 sur la route.

 

Depuis 1998, vous avez sorti une dizaine d’albums. Ce sont à chaque fois des idées nouvelles à partager. Sur quels sujets auriez-vous envie d’écrire aujourd’hui ?

La discrimination, l’amour, la mort, des thèmes assez universels mais j’essaye toujours d’être un peu journaliste, de pouvoir glisser dans mes chansons les choses que l’on perçoit, que l’on comprend, et pouvoir être porte-parole de quelque chose. Il y a par exemple des gens chez nous qui sont dans la merde et qui sont laissés pour compte, et on se doit de  pouvoir parler de ça, dans un format plus léger, la musique. S’il y a une chanson ou deux qui peuvent faire réfléchir sur un concert, si on peut remettre des choses en question, je trouve que c’est intéressant. Je crois que la culture est faite pour ça, pour éveiller les consciences.

 

Vous êtes donc des artistes engagés ?

On est des artistes impliqués, on est tous des papas, on est impliqués dans des associations, on s’occupe de personnes handicapées, on vit avec les gens. On est sur le terrain, on n’est pas en dehors des choses, on est là pour les gens et avec eux. Du coup, on est exactement comme devrait être tout à chacun, impliqués et compréhensifs par rapport à tout ce qui se passe. On ne peut pas regarder ce que l’Océan ramène sur nos côtes en disant qu’on n’en veut pas. Quelqu’un qui vit un naufrage, d’abord on le récupère, on le soigne, on essaie de comprendre son histoire, on essaie de comprendre d’où il vient, on essaie de panser ses plaies et après on voit comment on peut s’y prendre. Pas en étant des barbares, dénués d’amour, et en disant qu’il n’y a pas la place, qu’on ne peut pas partager. C’est plus possible de continuer à vivre comme ça, sinon on risque de finir dans des forteresses avec des murs autour de nous, à se tirer à boulets rouges dessus. Je pense qu’il y a d’autres solutions. Les gens qui nous gouvernent, il faut qu’ils entendent ce qu’on a à leur dire, sinon ils restent seuls dans leur coin et ils se démerdent entre eux, comme nous d’ailleurs. A la limite bientôt, on n’aura plus besoin d’eux.

 

Après les HDL chantent Mano Solo, avez-vous d’autres projets d’ores et déjà en tête ?

C’était un gros challenge pour nous de faire ça, il y a beaucoup de gens qui ont essayé de nous effrayer mais au final ce qui ne nous tue pas nous rend plus forts. On prépare un prochain album des Hurlements, oui. Mais on prépare aussi un gros truc pour l’automne prochain, avec des amis de longues dates mais c’est encore trop frais pour en parler…

 

Retrouvez Les Hurlements d’Léo, le 6 novembre prochain, au Rocher de Palmer à Cenon.