Louise Attaque (Gaëtan Roussel)

FEVRIER 2016

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« Une pause c'est quelque chose qui se transforme en questions auxquelles il fallait répondre. »

 

Depuis la sortie de l'album « A plus tard crocodile », il aura fallu attendre dix ans pour que Louise Attaque se reforme et propose à son public tenu en haleine, un nouvel opus. « Anomalie » est donc le quatrième album studio du groupe folk-rock qui, à cette occasion, repart sur les routes pour une tournée française. Gaétan Roussel répond aux questions de Culture Mag.

 

Qu’est-ce qui a motivé la reformation du groupe « Louise attaque » ?

En fait, on avait employé le terme de « pause ». C'est-à-dire qu'on avait croisé cette situation-là en 2002 et ça nous avait amené à ce que d'autres groupes existent, à l'époque c'étaient Ali Dragon et Tarmac qui étaient nés, mais c'est le fait d'être en pause qui les avait fait naître, pas l'inverse. Puis nous nous étions retrouvés et remis en pause de nouveau. Donc ce n'était pas la première pause même si celle-là a été un peu longue. On s'est croisé il y a cinq ans pour faire un best-of et une photo de ce que nous étions à ce moment-là, sachant qu'on n'irait pas vers une tournée ou un disque parce que chacun était ailleurs à cette période. Par contre ça nous avait proposé l'idée qu'une pause ne pouvait pas durer indéfiniment. L'occasion s'est présentée il y a deux ans lorsque j'ai sorti mon deuxième album solo, on s'est retrouvé à jouer ensemble pour l'émission « Alcaline »  (France 2, ndlr) dans laquelle je jouais. Une pause c'est quelque chose qui se transforme en questions auxquelles il fallait répondre. C'est tout ça réunit qui nous a mis d'abord autour de la table avant de nous mettre derrière nos instruments. D'ailleurs, plein de choses se sont passées autour de la table puisque notre architecture a changé, notre entourage aussi. On a plus parlé de comment être ensemble et de faire avancer notre manière d'être ensemble. Et puis une fois qu'on a eu l'impression de se ré-apprivoiser, de savoir comment on pouvait être ensemble, on s'est mis à travailler en studio. On a travaillé un an sur les compositions et l'enregistrement.

 

Le désaccord était-il axé sur l'évolution de votre musique qui sonne aujourd'hui plus électro pop ?

Les pauses, que ce soit en 2002 ou 2006, on les a faites à des moments où on avançait plus ensemble. Par exemple en 2006, on a fait une grande tournée qui suivait la sortie de notre 3e album, A plus tard crocodile. Et puis nous sommes allés en studio directement, en pensant que l'énergie de la tournée nous aiderait à composer, à faire un 4e album etc. Mais en fait, ça n'allait pas et on a mis du temps à se le dire. Et finalement on s'est dit que ce n'est pas ensemble qu'on arriverait à faire les choses en ce moment-là. Et chacun est parti vaquer à ses occupations. Ça, c'est quelque chose qui est inhérent au fait de travailler ensemble, de se connaître depuis 20 ans, d'essayer de faire des choses ensemble, ce sont les relations humaines. Ça a aussi amener à ce que l'architecture change et que Alex le batteur ne soit plus avec nous. On s'est aperçu qu'on ne regardait pas dans la même direction. Après l'évolution, elle est arrivée parce qu'on s'est mis à travailler, que des choses sont sorties et qu'on a eu envie de les emmener quelque part. Je crois que le 3e album, A plus tard crocodile, est déjà très différent du premier et du deuxième album. Je ne vois pas de rupture, je vois une évolution, qui parfois s'est diluée un peu dans le temps. Mais l'évolution musicale, elle fait partie de la trajectoire de Louise Attaque, et des trajectoires de chacun. Donc c'est le mélange de tout ça qui participe à la création. Et quand on a retravaillé ensemble, certaines chansons sont sorties, on a surtout retrouvé ce qui est le fond de ce qu'on va chercher quand on est avec Louise Attaque, un mélange artistique plein de défauts, on le sait.

 

Quelle signification se cache derrière le titre de cet album « Anomalie » ?

On peut y voir plein de choses je pense. Quand on a commencé à travailler, ce mot est arrivé assez vite. « Anomalie », vous pouvez l'interpréter comme une singularité ou un problème ça dépend l'angle. Donc il peut avoir plusieurs significations. C'est un mot dans lequel on a réussi à trouver de l'impulsion pour avancer, pour être en mouvement. Puis un autre thème est apparu sans qu'on ne l'ait décidé au départ, c'est le temps. Le temps est assez récurrent dans ce disque.

 

C’est un album voyageur qui a été produit à différents endroits, qu’est-ce que cela a apporté à l’album ?

Il y a plein de manières d'aller faire des disques. On peut conceptualiser, on peut aller chercher un son, on aurait pu décider d'aller à Memphis pour faire telle chose ou à Berlin pour un son d'une certaine année s'il existe encore etc. Nous avions envie de nous extraire de notre quotidien, d'être sur des terrains qu'on ne connaît pas, les découvrir. On allait y chercher le fait qu'il nous arrive quelque chose, que ça provoque quelque chose entre nous surtout, avec cette chance de pouvoir aller dans différents endroits. Après on pourrait faire une carte géographique des morceaux de l'album. On sait que Les Pétales est associé à Berlin, Un peu de patience est associé au sud de la France, Anomalie à Londres etc.

 

Est-ce que finalement le temps et l’absence, justifient de sacrifier un peu l’essence même du groupe, plutôt folk/rock, pour satisfaire un nouveau public au risque de perdre un peu les puristes ?

Louise Attaque est né avec un album en 1997 qui était plutôt folk. Nous voyons des ponts entre le premier et le dernier album. On a l'impression d'avoir fait une version anglaise du premier album dans ce que ça peut avoir de plus frontal. Le troisième était un album plus délayé qui prenait plus son temps, il est plus long, les morceaux s'attardent, au bon sens du terme. Là, nous avons fait des chansons plus directes et je pense que le premier album avait de ça aussi. Donc si vous voulez ce n'est pas un calcul d'époque, c'est plutôt un mélange de ce que nous sommes devenus ce à quoi on ajoute la rencontre avec Oliver Som (producteur, ndlr), un jeune Anglais de 24 ans, un auteur, compositeur et musicien. On n'a pas décrété des choses, on est juste en mouvement dans la création. Vous savez, le premier morceau qui est né c'est Du grand banditisme. Et quand on l'a joué, il nous a à la fois rassuré parce qu'on retrouvait les sensations et les éléments de Louise Attaque ; et en même temps il nous effrayait un peu parce qu'il était très près de ce que nous faisions avant.

 

Êtes-vous satisfait de l’accueil et du retour du public sur cet album ?

Les retours sont plutôt positifs. Il nous tarde de partir en tournée. Ce qui faisait partie du projet dès le départ. Quand je vous disais tout à l'heure qu'on s'était retrouvé autour de la table, il y a deux ans, on avait envie de faire un disque avant de faire de la scène. Nous sommes heureux que cet album soit sorti et on a envie de le défendre.

 

Une grande tournée qui s’annonce notamment sur les festivals, comment appréhendez-vous ce retour ?

Ça ne change pas. On est fragile parce qu'on a quelque chose à proposer qu'on a fait du mieux qu'on pouvait, en se posant des questions, en essayant d'évoluer, sans faire de redites. On est fragile parce qu'on a envie que ça résonne. On ne fait pas un disque pour le laisser sous son lit. Nous sommes très enthousiastes et impatients, surtout que les places des concerts se sont vendus très vite.

 

Les influences sont différentes des précédents albums, comment allez-vous orienter cette tournée ? Y'aura-t-il d’anciens titres qui ont fait votre succès ? Et comment allez-vous les intégrer ? Seront-ils réarrangés ?

On a été un peu piocher à droite à gauche dans nos albums en essayant de construire un set cohérent. Mais non, nous ne réarrangeons pas les morceaux, ils restent très proches de la manière dont ils ont été faits, quelque soit l'époque. Nous avons l'impression que tous les titres que nous proposons lors du concert se marient bien ensemble. Mais c'est à vous de venir vérifier…

 

Une signature que l’on doit aussi à vos textes reconnaissables entre tous. Durant cette absence on a pu vous suivre avec Arnaud dans Tarmac. Même s'il est évident que ce n’est pas d’actualité, peut-on espérer vous retrouver dans cette formation qui a plutôt bien fonctionné ?

Non, je ne pense pas, honnêtement. Arnaud, au violon, a fait ses propres projets solos, moi j'essaie d'en faire aussi. Après, on est à l'abri de rien mais non, je ne pense pas.  

 

A côté de cela, vous signez les textes de « Il y a » pour Vanessa Paradis et « Nos secrets » dernièrement pour Louane, avec un grand succès. Comment se sont faites ces rencontres féminines ?

De manière différente pour toutes les deux. Avec Vanessa Paradis, nous partagions la même maison de disques, que ce soit avec Louise Attaque ou mes projets solos. Elle cherchait un titre pour accompagner son best-of. Et on m'a demandé si ça m'intéressait d'écrire pour elle, je ne la connaissais pas. Je lui ai écrit Il y a et ça lui a plu, nous nous sommes alors rencontrés. Moi, ce qui m'a plu, c'est de travailler « avec » elle, de pouvoir accompagner la chanson jusqu'en studio où on a enregistré une journée ensemble. Avec Louane, c'est son manager qui m'a demandé si ça m'intéresserait de rencontrer Louane. J'aime beaucoup sa voix. On s'est donc rencontré, je lui ai proposé une chanson, ça lui a plu et du coup pareil qu'avec Vanessa Paradis, on a travaillé en studio. Ce sont des chansons que j'ai pu accompagner et co-produire.

 

Chanter du Gaëtan Roussel c’est accepter un peu de fusionner sa propre identité à la vôtre pour que l’alchimie fonctionne. Qu’en pensez-vous ?

Je ne saurais pas vous dire, il faudrait poser la question aux personnes qui chantent les chansons que j'ai pu leur écrire. J'essaie de proposer des choses qui me semblent être intéressantes pour les personnes, par rapport à chacune d'entre elle, à leur voix.

 

En parallèle de Louise Attaque, avez-vous d’autres projets sur lesquels on pourrait vous retrouver ?

C'est vrai que je me suis beaucoup concentré sur Louise Attaque. Mais j'ai fait la musique du générique d'un film que vient de réaliser Rachida Brakni. J'espère qu'au cours de la tournée de Louise Attaque, je ferai des rencontres. J'ai très envie de travailler pour d'autres et j'ai aussi envie, comme je pense chacun de nous dans le groupe, de refaire des choses de mon côté. Pas en tournant le dos à quoi que ce soit ou à qui que ce soit, mais de continuer à avancer.

 

Que peut-on vous souhaiter aujourd’hui ?

 

Bonne route… (Rires)

 

Louise Attaque sera en concert au Krakatoa à Mérignac  le jeudi 7 avril 2016 à 20 heures.