Lumi

MARS 2016

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« Le basque, même si on ne le comprend pas, ça donne une identité particulière, c’est intrigant »

 

Lumi est né de la rencontre musicale entre Nahia et Manu. Elle jouait de la guitare folklore, lui, de ses machines électroniques. La fusion de ces deux univers, enchantée par des textes basques, donnent à découvrir des mélodies oniriques et même mélancoliques.  Après une série de concerts et un premier EP, Lumi travaille sur un projet d’album qui devrait sortir dans le courant de l’année.

 

Lumi, c’est vous Nahia Zubeldia et Manu Matthys, racontez-nous votre rencontre.

On se connaît depuis le lycée. Mais on a commencé à travailler ensemble il y a deux ans. Suite à un projet qui s’est arrêté avec mon ancien groupe, j’ai demandé à Manu d’habiller de sons une douzaine de morceaux que j’avais composé. Ça a été un peu du bricolage au début. Et puis, petit à petit, on s’est mieux connu et on a, peu à peu, réussi à créer notre univers. Parce qu’au départ c’était lui et ses machines, ordinateur et synthétiseurs qui lui permettent de créer des sons ; et moi la guitare folk, donc deux univers assez éloignés.

 

Décembre 2015, vous avez sorti votre premier EP sous le label « Moï Moï ». Comment décririez-vous votre musique ?

Comme je vous disais, c’est une rencontre entre deux mondes différents. Notre musique a un côté onirique, un peu surréaliste par moment aussi dans les paroles. Après les rythmiques de chaque morceau diffèrent, il y a des morceaux plus calmes, d’autres entêtants, dansants, toujours dans un style électro-pop parce qu’aux sons des machines, on ajoute la guitare électrique. J’ai troqué ma guitare folk pour la guitare électrique, ce qui permettait de mieux se fondre avec les sons électroniques. Dans notre travail, on a mis beaucoup de temps à trouver des sons qu’on aimait tous les deux. Au début, on a fonctionné beaucoup par élimination. Petit à petit, on a fini par faire nos choix.

 

Pourquoi vouloir à tout prix chanter en basque ?

C’est venu très naturellement. Le basque est ma langue maternelle, Manu est bascophone aussi. Pour ma part, dans tous les groupes que j’ai eu, j’ai toujours écrit et chanté en basque, donc la question ne s’est pas vraiment posée. 

 

N’avez-vous pas peur que ce choix vous enferme dans un univers peut-être trop étroit pour un large public ?

Ça nous enfermera peut-être, mais pour nous, on ne peut pas choisir la langue qu’on va utiliser pour chanter dans un but d’ouverture. La langue, c’est un moyen d’expression, c’est hyper personnel. C’est vrai que j’aime bien écrire mes textes en français, mais je ne me sens pas à l’aise quand je chante en français. Je préfère prendre le risque que ça nous enferme plutôt que de faire quelque chose qui ne nous ressemblerait pas. Et puis le basque, même si on ne le comprend pas, ça donne une identité particulière, c’est intrigant, ça donne une originalité. Donc on peut le voir aussi comme une force.

 

Votre musique est un mélange entre tradition et modernité, y-a-t-il message caché, un engagement particulier ?

Non, c’est ma langue maternelle, il n’y a pas à aller chercher plus loin. Après, oui, je défends l’utilisation de la langue comme autre chose que du folklore. C’est un moyen d’expression à part entière, ça fait partie d’une identité. Ça vient naturellement, comme un Anglais chante en anglais ou un Chinois en chinois, moi je chante en basque !

 

De quoi parlez-vous dans vos chansons ?

Nos textes sont assez surréalistes, il n’y a pas vraiment de messages clairement exprimés. Ils parlent pas mal d’amour mais en mode assez négatif, assez cru, ce ne sont pas du tout des histoires d’amour mielleuses. J’écris aussi sur les rêves et les apparences trompeuses. J’aime bien, par exemple, prendre un thème religieux et le salir un peu. J’aime jouer sur les doubles sens.

 

Qu’est-ce que veut dire « Lumi » ?

En fait, moi je viens de Ciboure et Manu de Saint-Jean-de-Luz. Du XVe au XVIIe siècle, il y avait beaucoup de bohémiens à Ciboure et ils avaient une langue particulière, structurée comme le basque mais avec des mots qui ne sont pas basques. Je voulais choisir un mot de leur vocabulaire. On a choisi celui-là parce que « Lumi », quand on ne connaît pas le sens on dirait que ça veut dire lumière. Mais en fait ça veut dire femme de mauvaise vie. Donc c’est encore dans cette idée de tordre les aprioris, de jouer sur les doubles sens.