Lyadia (ali Diallo)

MAI 2015

Zoom sur un artiste sénégalais au talent peu commun et dont la curiosité l’a poussé à faire des recherches durant des années sur les racines musicales africaines. Ancien chanteur et guitariste du groupe Taalif, premier groupe de reggae sénégalais, il a écumé déjà de nombreuses scènes ici comme ailleurs…  

 

Entre l’Afrique et l’Europe, votre cœur balance ?

Je commence à m’habituer mais effectivement j’ai passé une grande partie de ma vie en Afrique, plus particulièrement au Sénégal, mon pays. Avant de venir en France, j’ai fait pas mal de choses là-bas, dans le milieu de la musique, de l’art et du théâtre. J’ai rejoint mon premier groupe en 1973, ça fait 42 ans que je suis dans la musique car j’ai commencé très jeune. J’ai été accompagné par des musiciens qui m’ont beaucoup corrigé, beaucoup aidé à m’améliorer et j’ai fini ensuite dans un groupe de reggae, Taalif, le premier groupe de reggae du Sénégal. J’ai joué pendant 8 ans aussi dans de grands hôtels dans une zone touristique du Sénégal. Pour un artiste, c’est important de développer le sens de la création mais les reprises que je faisais dans ces hôtels étaient une grande école puisqu’on n’avait pas de Conservatoire jazz ou blues, excepté le Conservatoire municipal de Dakar où on enseignait la musique classique mais ça ne m’intéressait pas, je voulais m’orienter vers la musique du monde.

 

Vous avez fait de nombreuses premières parties dont celles des Waillers ou encore de Jacques Higelin, quelles images gardez-vous de ces moments ?

Je garde notamment en mémoire, l’année 1988. Je jouais dans une boîte de nuit à Dakar avec mon groupe de l’époque, et on faisait plusieurs reprises (Kool & The Gang, Stevie Wonder etc.), on avait un contrat de 2 ans. Au milieu de la première année, Stevie Wonder est venu dans cette boîte de nuit, il avait envie de faire un jam et on a eu la chance de partager un bœuf avec lui… La première partie de Jacques Higelin aussi, de Richard Gotainer, ce sont d’excellents souvenirs.

 

Il y a eu une rencontre qui s’est avérée déterminante dans votre carrière, celle avec le pianiste Harry, qui vous initia aux techniques d’improvisation du Jazz. Une révélation pour vous ?

Harry était professeur de piano et de contrebasse au Conservatoire de Jazz de Lille où j’étudiais. Il tenait un club de Jazz, c’était un monsieur ouvert et accueillant, il prenait sous son aile de nombreux artistes. La première fois qu’il m’a vu chanter, c’était sur un morceau très compliqué d’Al Jarreau, dans son club… Lui était au piano. A la fin du morceau, il m’a demandé d’où je venais et il m’a payé à boire. Puis, il m’a dit d’arrêter le Conservatoire et m’a proposé des cours gratuits… Il avait aimé mes improvisations en africain sur le morceau d’Al Jarreau, il aimait mon style et voulait m’aider à aller dans des harmonies plus pointues. Il m’a beaucoup appris. Il est décédé il y a des années et de nombreux artistes l’ont pleuré, moi compris.

 

Vous êtes aussi un fervent défenseur des missions d’action culturelle notamment dans des quartiers défavorisés. Pourquoi cet engagement ?

Je suis né dans un quartier populaire du Sénégal, à St Louis, une ville française avant l’indépendance. C’était la capitale de l’Afrique de l’Ouest au temps colonial. Puis j’ai vécu à Dakar, là aussi dans des quartiers populaires, où ça bougeait de tous les côtés, on voyait des gens dans la joie, dans la tristesse, ça pouvait parfois être très difficile. C’est quelque chose que j’ai toujours porté dans mon cœur, il y a dans ces quartiers des gens qui sont dans de grandes souffrances, qui ont besoin d’être aidés moralement. Quand je suis arrivé en France, je cherchais ma voie. Je savais qu’il y avait la musique en moi mais il y avait aussi le côté social que je voulais exploiter. C’est comme ça que j’ai commencé à travailler dans des maisons de quartier, des centres sociaux etc.

 

Vous êtes parallèlement impliqué dans différents projets humanitaires en Afrique. Quel regard portez-vous sur la situation actuelle dans ces pays d’Afrique de l’Ouest ?

Ça fait mal au cœur. J’ai voyagé dans 16 pays de l’Afrique de l’Ouest avec l’ONG avec laquelle j’ai travaillé, ça m’a permis d’ouvrir les yeux sur la pauvreté extrême qu’on y trouve alors que ce sont ces mêmes pays qui sont particulièrement fertiles et riches en termes de matières premières. Prenons par exemple le Niger, c’est le 3e pays au monde le plus riche en Iranium et pourtant l’un des pays les plus pauvres. Comment est-ce possible ? Le problème vient de ceux qui exploitent les matières premières et qui ensuite se retournent contre ces pays pour les diaboliser. Ce sont les pays qui ont colonisé les pays africains qui y ont laissé ces problèmes, pas les pays africains eux-mêmes.

 

Comment définissez-vous votre style musical ?

Je lui donne le nom de Fusion Ethnic, car c’est un mélange de plusieurs choses : la musique ethnique africaine, le jazz et le blues. Une musique que je puise dans mes origines, car je suis ‘peul’. Les peuls sont un ancien peuple, dont on raconte qu’ils sont à l’origine du blues parce qu’à l’époque ils avaient un petit instrument à 5 cordes, l’hoddu. C’est un peuple qu’on retrouve dans plusieurs pays d’Afrique, en Egypte, au Soudan etc., et qui se seraient installés entre le Niger et le Mali. Ils ont ensuite été colonisés par les Marocains et ce sont aujourd’hui les noirs du Maroc.

 

La musique adoucit les mœurs, êtes-vous d’accord avec cet adage ?

Quand l’artiste joue, c’est son âme qui joue. Alors la musique adoucit les mœurs, oui, mais ça dépend quelle musique. Il y a des musiques agressives, qui peuvent créer de la violence, de la nervosité chez ceux qui l’écoutent. Mais quand elle adoucit les mœurs, c’est qu’elle a une profondeur, quelque chose de vrai.

 

Quels sont vos actus mais aussi vos projets ?

En ce moment je suis en train de finaliser mon album solo. Depuis longtemps j’étais dans la recherche de ce mélange de sonorités africaines, jazz, soul et blues. Je pense que j’ai trouvé ce style et c’est donc ça que je finalise sur cet album qui sortira probablement d’ici deux mois.

 

Vous travaillez avec Jam Production dont le siège est à Mimizan, dans les Landes, là où on pourra vous écouter ce 16 juillet. Que vous inspire cette région ?

Je viens de Lille, les Lillois sont très accueillants, très ouverts mais j’ai aussi fait deux ans dans les Landes, et durant ces deux années je me suis rendu compte que les Landais sont des gens vrais, sympas. Je pourrais habiter là-bas toute ma vie ! Je le dis du fond du cœur ! 

 

Le 16 juillet sur le Front de mer de Mimizan

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