Manu Katché

JANVIER 2016

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« Dans la musique ce qui est intéressant c’est d’essayer des choses, […] simplement pour évoluer»

 

Manu Katché est depuis 30 ans l’un des batteurs français les plus sollicités. Son palmarès est impressionnant, outre ses projets personnels, il a enregistré et joué avec Sting, Dire Straits, Paul Young, Tracy Chapman, Youssou N’Dour, Véronique Sanson, Francis Cabrel, Laurent Voulzy, Stephan Eicher etc. Ce touche-à-tout impose sa griffe en toute modestie, juste pour le plaisir de jouer de la musique.

 

Manu, nous vous retrouverons le 10 mars sur la scène du Rocher de Palmer à Cenon. Parlez-nous de ce concert, qu’allez-vous nous proposer ?

On tourne encore sur l’album qui est sorti l’année dernière qui s’appelle « Unstatic ». C’est une formation en quintet. On va principalement jouer les morceaux de ce dernier album avec une basse en plus dans la formation. Nous jouerons aussi des morceaux des albums précédents que nous avons réarrangés pour que ça fonctionne avec le bassiste. La tendance est un peu plus électrique que précédemment, dans le sens où il y a des effets sur le saxophone et la trompette aussi. 

 

Il y a tout de même une ambiance un peu « jazzy » ?

Oui parce qu’effectivement je reprends des morceaux des albums précédents, mais c’est vrai que dans l’ensemble, la direction est un peu plus électrique. Ce qui veut dire qu’au niveau de la batterie, il y a peut-être un peu plus de présence de ma part que dans les concerts précédents lors desquels j’étais, non pas simplement accompagnateur, mais un petit peu en retrait par rapport au style général dégagé.

 

Est-ce que ces réarrangements sont liés à une volonté de ne pas être trop dans le jazz, un style musical parfois jugé, à tort ou à raison, trop élitiste ?

Je ne sais pas si c’est une volonté consciente. Quand j’ai fait l’album « Unstatic » par contre, j’avais vraiment la volonté de changer, non pas musicalement puisque c’est moi qui ai écrit la musique donc forcément, c’est le style que j’exprime. En revanche ce dont j’avais envie, c’était d’utiliser des instruments plus connotés des années 70. Jusqu’à cet album, dans les précédents, il y avait principalement un piano acoustique, ensuite il y a eu un orgue hammond B3. Dans le dernier album, j’ai volontairement utilisé un wurlitzer, un instrument réellement lié aux années 70, avec notamment les Donny Hathaway et Ray Charles etc. Donc dans le son, ça change et vous savez comme moi, qu’à l’instant où le son change, l’ambiance générale et l’atmosphère changent. Sur l’album il y a aussi cinq trompettes plus un trombone, alors là le trombone n’est pas sur place, mais c’est vrai que dans les arrangements, ça ressemble plus à une « section cuivre » que par le passé.  Et puis, il y a l’apport d’une basse, qui n’est pas une contrebasse acoustique, mais une contrebasse électrifiée… Donc tout ça donne un son un peu plus musclé. Je ne dirais pas électro parce qu’on n’en est pas là, il y a des effets technologiques mais ce n’est pas dans l’idée de produire de la musique électro. Tout cela, ce n’est pas fondamentalement pour sortir du cadre jazz, déjà parce que je n’ai pas franchement l’impression de faire partie du cadre jazz ; mais c’était une volonté sonore. Et je trouve que l’évolution était importante d’un point de vue sonore parce que ça donne une performance qui est plus proche peut-être de ce que je suis, moi. Effectivement, j’ai fait plein de choses différentes mais là, dans cet album-là et dans le concert qu’on va donner au Rocher, c’est peut-être plus cohérent avec ce que je suis moi.

 

Votre dernier album s’intitule « Unstatic », qu’on traduit par « non statique ». Est-ce un album et du coup un concert pour faire bouger ?

C’est un mélange. Il y a les performances musicales de chaque instrumentiste et puis effectivement, il y a un vrai partage et une vraie interactivité avec le public. Le set est fait de telle manière que ça monte plutôt pas mal et je pense que s’il y a une réaction positive de la part des gens, effectivement, ça bouge !

 

On a l’impression que vous vous êtes donné pour mission de susciter la curiosité des gens en leur faisant découvrir une multitude d’univers musicaux. Pourquoi cela vous tient-il tant à cœur ? 

Je pense que c’est un petit peu le propre du musicien que d’essayer. Moi, je me considère comme un essayiste. Souvent dans les artistes qu’on aime bien, on se rend compte qu’il y a tel album qu’on apprécie énormément, tel morceau qu’on a en mémoire ad vitam aeternam, et puis il y aura un autre album qui nous plaira moins. Mais ce n’est pas grave, dans la musique ce qui est intéressant c’est d’essayer des choses, non pas pour perdre votre audience, votre public, mais simplement pour évoluer, pour chercher des choses, des sons, des ambiances, de créer des atmosphères. Et pour ça, nous avons plein de paramètres possibles, entre les instruments qu’on va utiliser, la manière dont on va arranger les morceaux, la manière d’écrire les thèmes… Alors ce n’est pas pour activer la curiosité des gens, c’est simplement pour leur donner des choses, pour leur faire passer cette notion de plaisir que j’ai à faire de la musique et je crois que l’important, c’est d’avancer. On peut se planter, il y a des albums qui peuvent ne pas séduire le public, mais  ça permet d’essayer des choses et chaque essai permet de rebondir un petit peu plus loin.

 

Pensez-vous déjà au prochain album, et la direction dans laquelle vous souhaiteriez aller ?

 Oh oui ! Parce que finalement, nous avons tourné presque deux ans avec le quartet, là ça fait plus un an et demi qu’on tourne avec le quintet, et je pense que maintenant, j’ai envie d’aller vers un trio.  J’ai envie de changer les choses, je ne vais pas vous dire quels instruments seront utilisés parce que je n’en suis qu’au stade de l’écriture. Je ne sais pas encore si je vais faire un album, si on le lancera sur scène. Vous savez maintenant la manière de consommer la musique a changée, donc je ne sais pas si ce sera un album ou des morceaux que je posterai sur des réseaux sociaux ou sur Youtube pour faire entendre ces nouvelles choses. En fait, j’aimerais bien faire un album « live » avec le trio mais comme un enregistrement studio, c’est-à-dire en plusieurs fois et vraiment choisir les meilleurs moments pour les assembler sur un album. En revanche, musicalement, je pense que ce sera très différent. Là, pour le coup, on s’écarte un petit peu de tout ce que j’ai pu faire jusqu’à présent. A savoir qu’il y aura même des choses un peu chantées, pas forcément dans le schéma classique avec intro, couplet, refrain ; mais plus un apport vocal sur certains morceaux instrumentaux.

 

Vous êtes un hyperactif, vous pensez musique non-stop !

Vous savez, je suis un peu passionné ! J’aime ça, je voyage beaucoup pour faire de la musique, je rencontre d’autres musiciens, ce qui m’inspire des projets et des collaborations parce qu’au-delà de ce que je fais pour moi, j’ai aussi pas mal de collaborations et sur scène et en studio. Vous savez, c’est comme pour un sportif qui s’entraîne quotidiennement dans un but précis. Je crois que le fait de faire de la musique régulièrement, ça développe l’envie de faire des choses, donc ce n’est pas une somme de travail accablante, c’est plutôt un plaisir de se renouveler, d’apprendre des choses, de découvrir, d’être un petit peu curieux et d’aller de l’avant !

 

Vous avez joué pour de nombreux artistes français et internationaux, mais s’il n’en manquait qu’un sur votre liste, lequel serait-il ?

Alors là, c’est une question difficile. Il est vrai que souvent je réponds à cette question-là par « j’aurais rêvé de travailler avec Miles Davis ». Parce qu’on aurait pu le faire, nous nous étions rencontrés dans les années 90 dans le New Jersey, malheureusement ça ne s’est pas fait car il est parti avant. C’est mon manque le plus important parce que j’ai énormément de respect pour ce musicien. Mais sinon, sur notre planète, oui il y a quelqu’un avec qui j’ai déjà joué au sein du groupe de Sting, qui s’appelle Branford Marsalis. C’est quelqu’un avec qui j’aimerais bien collaborer à nouveau. Il y a aussi Marcus Miller avec qui j’ai déjà travaillé sur plusieurs projets, mais nous n’avons pas eu de projet d’album avec quelques dates. Ce sont des artistes que j’ai déjà rencontrés mais avec lesquels pour moi la collaboration n’est pas tout à fait aboutie. Il y a eu une première rencontre mais qui pourrait, selon moi, aller plus loin !  

 

Manu Katché sera le 10 mars 2017 sur la scène du Rocher de Palmer à Cenon.