Moloch

OCTOBRE 2016

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« Au départ, c’était un  projet solo de moi tout seul dans ma chambre ! »

 

Pendant longtemps projet solo de folk ultra intimiste influencé par Elliott Smith ou Sufjan Stevens, ne se dévoilant que par bribes sur internet, Moloch/Monolyth a évolué et s’est affirmé. Après sa victoire au tremplin des Deux Rives en février, le groupe, une bande de copains, sort son premier EP « Farewell Full Moon » en juin 2016. Michaël, créateur de ce projet répond aux questions de CultureMag.

 

Question incontournable, présentez-nous votre groupe.

Au départ, c’était un  projet solo de moi tout seul dans ma chambre ! Ça a commencé en 2010 mais je n’ai pas fait grand-chose, à part composer des chansons. Et puis, j’en ai eu un peu marre de les jouer tout seul donc j’ai embauché tous mes meilleurs copains pour venir faire du bruit derrière. Et on a commencé à s’y mettre vraiment sérieusement il y a un an. Depuis on a enregistré un premier disque en début d’année et on est en train d’en préparer un autre.

 

Qu’est-ce qui a motivé ce passage de musiciens amateurs à professionnels ?  

En fait, je fais partie de plusieurs groupes qui font eux-mêmes partie d’un collectif, le « Collectif du Fennec » et ce qui s’est passé, c’est que nous nous sommes professionnalisés avec tous les groupes. Nous sommes, pour la plupart des intermittents du spectacle, donc on vit de notre musique et on fait ça dans de meilleures conditions maintenant. Si vous voulez, le tout premier EP de Moloch, je l’ai enregistré tout seul dans ma chambre avec deux micros, tandis que le dernier on l’a enregistré dans un studio, on l’a fait mixer et « masteriser »  par un ingénieur du son. Du coup, le rendu est plus professionnel.

 

Vous êtes soutenus par la pépinière du Krakatoa et le « Collectif du Fennec », des aides précieuses pour arriver à percer, on imagine ?

Il y a aussi la Rock School Barbey. Le Krakatoa nous apporte des aides stratégiques, des conseils, de la communication, un réseau… En fait, c’est plus du travail de fonds sur le développement médiatique du groupe, et sur l’identification auprès des professionnels. La Rock School Barbey nous apporte plutôt des aides techniques et pratiques, c’est-à-dire qu’ils nous prêtent des locaux de répétitions, ils nous prêtent un camion, ils nous prêtent une salle pour faire des résidences. Donc tout ça se complète. Et le « Collectif du Fennec », en fait, c’est nous, c’est un bande de copains qui font des groupes ensemble, donc chacun communique, lors d’un concert, sur les autres groupes, et puis on s’échange les bons plans, on se prête du matériel etc.

 

De quoi s’inspire votre musique, dans les textes et dans les compositions ?

Parce que c’est au départ un projet solo, à moi, les textes abordent des thèmes très personnels. En fait, je suis quelqu’un de très phobique. J’ai beaucoup de phobies, de choses qui me font peur dans la vie. Et donc ça parle vraiment de ce sujet-là. 

 

C’est-à-dire, de quoi avez-vous peur ?

J’ai une peur incroyable des chiens, j’ai un vertige de fou et je suis allergique aux piqûres de guêpes et ça, ça me paralyse de peur. Je ne suis vraiment pas à l’aise en société, j’ai dû mal à parler aux gens, ce qui j’avoue n’est pas pratique quand on est chanteur dans un groupe de musique. Tout ça se retrouve dans les textes et dans l’ambiance du groupe Moloch. Il y a aussi la peur de devenir un adulte, la peur d’être un musicien à 30 ans, de ne pas avoir un « vrai travail », des choses qui font un peu flipper. Pour les compositions musicales, ce qui m’a inspiré pour faire cette musique-là, ce sont des groupes comme Arcade Fire ou Sufjan Stevens ou The Dodos. Il y a des influences folk, un peu intimistes d’un côté et d’un autre des groupes de rock très expansifs. Des gens qui crient très fort et d’autres qui chantent tout seul dans leur chambre, c’est un mélange des deux.

 

Retrouve-t-on ce mélange de moments intimistes et d’autres plus fous, sur scène ?    

On essaie. Mais comme on est un groupe assez jeune par rapport à la scène, on n’a pas beaucoup joué jusqu’à présent, donc on a du mal à se contenir. On essaie de partir de très bas pour finir très haut, mais en fait, on est très rapidement dans le très haut, on crie et on tape super fort pendant 40 minutes ! Mais on essaie de travailler là-dessus. (Rires)

 

Un style qui plaît visiblement puisqu’au mois de février, vous avez remporté le Tremplin des Deux Rives. Qu’est-ce que cette victoire vous a concrètement apportée ?

Concrètement, ça nous a apporté des sous, ce qui nous a permis de sortir notre CD quasi dans la foulée puisqu’il était prêt. A côté de ça, ça a apporté de la reconnaissance auprès des professionnels du coin. Les gens se sont intéressés à nous, nous sommes rentrés dans la Rock School Pro très peu de temps après, parce que nous avons été repérés par les personnes de la Rock School Barbey. C’est cela qui a déclenché aussi la curiosité du Krakatoa, qui a aimé le projet et nous a intégré à la pépinière à la rentrée. Depuis ce tremplin, notre nom circule et ça, c’est intéressant, au-delà d’un concert au Rocher de Palmer et un chèque de 1 000 euros. Par ailleurs, ça nous a motivé à continuer, parce que ce n’est pas forcément évident quand on fait un groupe de se lancer, et de le faire sérieusement. Gagner ce Tremplin nous a aussi conforté dans l’idée que ce que nous faisons peut plaire au public. 

 

Alors vous qui êtes un phobique, n’avez-vous pas peur du succès ?

Non, parce que pour le coup, il n’est pas encore prêt d’arriver… Je pense que la marche avant le succès est vraiment loin. Ça ne nous fait pas peur parce qu’on n’y pense pas, en fait.

 

Entre autres concerts, le public pourra vous retrouver ou vous découvrir à l’occasion des « Scènes d’Eté en Gironde ».

Oui, nous avons appris la nouvelle la semaine dernière. Les « Scènes d’Eté » font partie d’un dispositif qui propose une dizaine dates par groupe tout au long de l’été dans le département. Ça peut être à la plage ou dans de petits villages. Le Département aide les villages à financer la venue d’un groupe. C’est super bien pour nous, parce que nous ne sommes pas toujours payés pour aller jouer quelque part et à côté de ça, ça nous fait faire dix dates dans l’été, donc on va passer un super été et ça va nous permettre aussi de rôder notre show et de jouer notre deuxième EP qui sortira au printemps prochain. Et le public que nous allons rencontrer sera différent de celui qu’on retrouve dans les caves à Bordeaux donc ça va nous permettre de savoir si notre musique peut plaire à d’autres gens.

 

Est-ce que les sorties de vos deux EP donneront prochainement naissance à un album ?

C’est voir un petit peu loin dans le futur, mais oui, le but n’est pas de sortir que des EP. On a envie de faire un album, mais ce ne sera pas avant au moins une bonne année voire deux. Actuellement, on a la matière pour pouvoir enregistrer un album. Mais le premier album pour un groupe, c’est un pas assez important à franchir. A ce moment-là, beaucoup de gens vont vraiment commencer à s’intéresser à notre musique, vont juger le groupe. Les EP sont plus destinés aux fans de musique. L’album est plus regardé par les professionnels. Du coup, il faut vraiment le faire sérieusement. De mon côté, je n’arrête pas de composer pour avoir de la masse, pour au final en sélectionner une dizaine vraiment très précieusement et les enregistrer vraiment correctement plus tard. D’ici là, on va faire des clips, on va essayer de faire de la pub sur nos deux EP, de bien jouer nos morceaux un peu partout avant de sortir l’album. 

 

Moloch/Monolyth sera en concert à la médiathèque de Mérignac le samedi 10 décembre 2016 à 15h30.