Régis Mailhot

AVRIL 2015

« Reprise des hostilités » marque le retour en scène de cet humoriste satirique aux accents caustiques. Un regard sans concession mais terriblement drôle sur la société française. Chroniqueur sur France Inter puis RTL, Régis Mailhot se joue de l’actualité avec un humour mordant qu’il développe sur scène avec son nouveau spectacle.

Propos recueillis par Sarah Milono Lhermitte

 

« Je fais confiance à l’intelligence des gens »

Reprise des hostilités un titre qui résonne comme un combat ? Que va-t-on retrouver dans ce spectacle ?

C’est un spectacle qui met en scène un humoriste, mon double on va dire qui décide de quitter cette époque où l’humour est devenu un acte de délinquance.

 

Vous prônez le rire ensemble, dans un contexte où justement on ne peut plus rire de tout ?

C’est une pirouette métaphorique, par rapport à tous ceux qui nous prônent un soit disant vivre ensemble, et qui n’ont pas un échantillon sur eux. Je crois que le vivre ensemble est une escroquerie marketing qui nous a été vendu depuis deux décennies et on a vu ce que ça a donné aujourd’hui. Dans un pays laïque il n’y a pas besoin de vivre ensemble, c’est dans la définition de ce qu’est la laïcité, donc moi je prône le rire ensemble, parce que c’est ça qui réunis les gens. Sans faux semblant.

 

Il arrive que vos propos soient mal compris, comment vous l’expliquez ?

Forcément, quand on fait un papier de 3 min coincé entre un invité qui vient vendre une soupe et un écran de pub, ce n’est pas la même chose. Je fais confiance à l’intelligence des gens et puis on est dans une époque et dans un pays où les gens aiment rire du voisin mais pas d’eux. Le second degré malheureusement, n’est pas une qualité partagé par tous, et c’est ça qui réunis les gens qui viennent à mon spectacle et qui apprécie ce que je peux faire à la radio en chronique etc… On a assez de recul pour ne pas tout prendre au sérieux, c’est ça rire ensemble. Dans une époque où tout le monde prône la différence, moi je prône l’indifférence. L’indifférence c’est la vraie égalité et pas l’égalitarisme faux-cul.

 

Est-ce que le travail d’écriture justement, est analysé sous toutes ses coutures pour éviter toutes mauvaises interprétations de vos propos ?

C’est un travail artistique à un moment, si on fait ça de façon chirurgicale devant un logiciel de censure, autant faire autre chose.

 

Vous partagez votre temps entre l’écriture, la scène et la radio… Comment on concilie tout ça ?

Eh ben on se lève tôt madame ! (rires) Oui on se lève tôt, on travaille, on essaie de s’amuser. La radio effectivement c’est un exercice plus sur le fil car chaque jour il faut remettre son ouvrage en cause mais c’est agréable, une chronique peut-être parfois moins bonnes qu’une autre mais je m’amuse. Mais la scène reste pour moi l’exercice de style le plus approfondi et le plus abouti dans la mesure où je reste presque 1h sur scène et ça me laisse le temps de développer justement un propos dans la longueur et dans l’empathie, c’est une vraie réunion.

 

Vous écrivez pour Anne Roumanof ou Laurent Gerra, Comment on arrive à fournir un travail qui doit être différent du sien mais tout aussi de qualité ?

Justement c’est du sur mesure, c’est ça qui est agréable. C’est ce que me dit Laurent : « tu es un tailleur sur mesure », dans les deux sens, et pour lui et pour tailler les costards aux autres. Ce sont des marionnettes qui sont différentes. C’est ça qui est formidable. Les ressorts d’humour sont les mêmes pour tout le monde, c’est l’usage de l’ironie, de l’hyperbole, de l’anaphore, Sherlock président, beaucoup d’image, après ce sont ses référents, c’est ce que l’on a envie de mettre dedans. Le personnage s’exprime différemment de l’humoriste, c’est ce qu’on appelle la caricature. C’est grossir le trait, le personnage est une autre manière d’un procès. Aujourd’hui dans mon spectacle, c’est ce que je fais, des sketches avec des personnages, c’est très puissant.

 

Un one man show intelligemment construit avec ce personnage que l’on suit sur sa réflexion de la société d’aujourd’hui…

Oui, c’est une suite de réflexions qui sont personnelles et qui font écho à chacun d’entre nous. J’explique le ras le bol que l’on peut avoir qui s’appelle aussi « la tentation de Venise » qui est cher à votre maire de Bordeaux qui en avait fait un ouvrage. J’explique que chacun a sa « tentation de Venise ». Et moi c’est un peu cette époque bien-pensante et moraliste où l’on ne peut plus dire grand-chose sans être pointé du doigt. Mais chacun la sienne. Je fais quoi ça, c a d certain dictat des héros médiatiques que l’on nous impose que ce soit les Femens, la catho complexée, le sportif handicapé, quand je viens des gens comme Pictorus, que ce soit une forme de dictat du travail, du consumérisme, du corps de la femme qu’on oblige à être si parfait, voilà y’a pleins de choses, la religion, la politique évidemment parce que les gens m’attendent aussi beaucoup la dessus.

 

Un spectacle plutôt long, qui inclus aussi une revue presse, c’était important d’inclure cette revue de presse ?

Je reviens avec une revue de presse en fin de spectacle, et là je fais un tour d’horizon de notre PPF, (paysage politique français). C’était important car le public me connait beaucoup par l’analyse de la chose politique au quotidien, ils aiment beaucoup ça. Ça aurait été dommage de les en priver. Mais j’avais envie et à cœur de défendre un spectacle plus sociétal. Je propose ce spectacle et après il y a the cerise on the cake quoi !!

 

Humoriste critique ok, mais une critique qui se veut constructive ? Que pensez-vous apporter au public qui vient vous voir ?

L’ambition de faire rire est déjà importante, si pendant 1h30 2h00 on arrive à le distraire. Car c’est ça, il ne faut pas l’oublier. Dans humoriste il y’a la notion d’humour. Il faut faire rire. C’est important de rire, c’est jubilatoire, c’est un des seuls réflexes physiologique mécanique étonnant. Des mots déclenchent un brusque mouvement de la cage thoracique et des dents et du sourire, donc ça c’est formidable. Ça veut bien dire que ça touche, donc faire rire en premier lieu, après on fait réfléchir. Et ceux qui pensent faire réfléchir avant de faire rire, sont en fait des donneurs de leçon et non plus des humoristes.

 

Peut-on dire que votre approche de l’humour est philosophique ? Et comment définiriez-vous votre humour justement ?

Philosophique. J’en sais rien si elle est philosophique, posez la question à BHL il a réponse à tout. C’est un humour profondément libertaire, profondément humain et profondément joyeux.

 

Vous avez déjà une vie bien remplie, mais avez-vous des projets encore à venir ?

Oui je me suis lancé dans l’écriture d’un ouvrage qui va sortir à la rentrée d’octobre. Cela va être un abécédaire un peu malfaisant et bien-pensant, voilà, politiquement incorrect. Je vais encore me faire quelques amis quoi (rires) mais contre les fâcheux, y’en a trop.

 

Quel rapport avez-vous avec Bordeaux ?

J’ai grandi à Nantes qui est aussi une cité portuaire connu pour les mêmes choses que Bordeaux, donc c’est bien (rires), ils sont passés du commerce du bois d’ébène au fut de chêne, c’est formidable Bordeaux. C’est une reconversion réussi. Non, J’aime beaucoup, c’est une très belle ville. J’y ai déjà joué au Femina, j’aime bien c’est assez agréable. Ça va être un plaisir de revenir sur les nouveaux quais.

 

Régis Mailhot a retrouvé le 06 mai prochain au casino théâtre Barrière de Bordeaux.

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