The Hyenes

JUIN 2016

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« Dire les choses avec humour, c’est la première des politesses. »

 

Denis Barthe, Jean-Paul Roy, Olivier Mathios et Vincent Bosler forment depuis 2006, le groupe de rock The Hyènes. Vous aurez reconnus les deux premiers noms, l’un était le batteur, l’autre le bassiste de feu Noir Désir. Mais depuis dix ans, c’est un tout autre projet que ce groupe propose au public, un rock énergique, engagé mais pas sans humour. Denis Barthe répond aux questions de CultureMag.

 

The Hyènes, comment s’est formé votre groupe ?

C’est un concours de circonstances en fait. En 2006, Albert Dupontel m’a appelé pour me demander si on serait d’accord pour travailler sur la musique de son film « Enfermés dehors ». Bien évidemment, on a dit oui parce qu’on est fan de Dupontel, que c’est un fou furieux et que son projet nous a emballé. Et puis au moment où il a fallu signer la musique, on s’est dit que c’était stupide de signer avec nos noms en file indienne. On a cherché un nom de groupe qui n’existait pas et on s’est rappelé de la longue tirade d’Albert dans son premier film en tant que réalisateur, « Bernie », où il parle de la hyène en disant que c’est un animal très important dont on ne parle jamais et qu’il vaut mieux être ami avec une hyène qu’avec de vrais amis. Donc on a décidé de s’appeler The Hyènes pour faire marrer Albert et nous aussi d’ailleurs. Ce projet ne devait pas avoir de suite. Mais quand le film est sorti on a commencé à recevoir des propositions pour des concerts. Et puis on s’est dit : « Pourquoi on ne ferait pas comme quand on avait 18 ans ? » C’est-à-dire mettre le matériel dans la voiture, s’en aller jouer au gré de nos envies, sans affiche, sans tourneur, sans maison de disques. Et au fil du temps, on s’est pris au jeu. On a commencé par faire un concert, puis deux, puis trois, et puis au fur et à mesure, on a fait d’autres morceaux, on est allé donner un coup de main aux frères Cantona pour Emmaüs… De fil en aiguille, The Hyènes, d’une musique de film à quelques concerts, est devenu un groupe.  

 

Il y a dix ans, vous montiez sur scène, après avoir refusé plusieurs propositions. Pourquoi ?

On n’a pas vraiment refusé mais la musique du film était composée de morceaux dont la plupart n’étaient que des compositions, sans parole. Donc c’était difficile de se présenter dans des concerts avec ce genre de musique. En fait, on est parti en concert lorsqu’on a estimé que nous avions quelque chose de cohérent avec le groupe, à présenter. Au départ, c’était vraiment quelque chose de léger, c’est-à-dire que c’était la récré. Et puis finalement on a gardé cet esprit-là, on fait ce qu’on veut, comme on veut et quand on veut. Mais on est devenu un vrai groupe parce qu’au bout d’un moment, on a eu besoin d’une maison de disques et d’un tourneur parce que ce n’est pas notre métier.

 

Dans vos textes, vous jonglez entre humour et engagement avec une vision plutôt pessimiste de la société. Quel est votre message ?

La société, on ne peut pas la voir autrement que de manière pessimiste. Il faut bien reconnaître qu’on assiste à l’échec d’un système et on s’en fout qu’il soit de droite ou de gauche, le fait est qu’il ne fonctionne pas. En tout cas, il a un gros défaut ce système, c’est qu’il ne fait pas le bonheur des gens, et ce devrait être sa priorité. Si tu regardes bien, la culture ne se porte pas bien, l’industrie automobile aussi, le secteur médical c’est la même chose etc. Dans tous les domaines on applique une recette qui ne marche plus. C’est à mettre en doute la compétence des personnes qui ont élaboré cette recette qui privilégie l’échange, le commerce mais qui nie l’être humain. En France, 800 000 personnes dorment dehors et 8 millions de gens vivent en dessous du seuil de pauvreté. C’est impensable. Alors cette vision qu’on a de la société peut paraître négative, mais je pense qu’au lieu de nous lamenter sur notre sort, elle nous permet de réfléchir sur comment changer tout ça.  Je trouve que le mouvement Nuit Debout, c’est génial. Ce sont des gens de la rue, des gens comme toi, comme moi, qui se réunissent pour échanger sur la société et comment la changer.   

 

Mieux vaut en rire qu’en pleurer ?

Dire les choses avec humour, c’est la première des politesses. Et puis, il y a un côté provocateur. Avec The Hyènes, nous n’avons pas d’interdit. 

 

Un côté provocateur qui vient de l’esprit punk que vous incarnez à travers votre musique ?

J’ai trop de respect pour les punk pour dire que nous-mêmes nous sommes des punk. Nous ne sommes pas en révolte en permanence. Mais par contre cet esprit-là, de se dire « il faut être vigilant, il faut être libre », c’est important. Tous les jours on nous éteint une petite liberté sans qu’on s’en aperçoive. On nous dit « ne fais pas ci, ne fais pas ça… ». Je me demande si aujourd’hui Ferré pourrait chanter « Les anarchistes », est-ce que Brel pourrait chanter « Les Bourgeois », est-ce que Coluche et Desproges passeraient en télé ou en radio ? Je pense que la réponse est : sûrement pas ! Parce qu’on est revenu à une forme de système qui musèle les gens avec une sorte de moralisation, mais dans le mauvais sens du terme. La liberté pour quelqu’un qui a les deux pieds sur la planète, c’est le premier droit qu’on devrait avoir.

 

Ça vous agace lorsqu’on vous parle de Noir Désir ?

Ça ne m’agace pas du tout parce que je ne suis absolument pas nostalgique. La nostalgie c’est une chose pour les gens qui ont des regrets et moi je n’ai pas de regret de ce côté-là. Je suis super fier du parcours qu’on a eu tous les quatre. J’ai quasiment que des bons souvenirs, et j’ai tendance à avoir un petit logiciel dans ma tête qui me gomme les mauvais ! C’est du passé, le dernier concert de Noir Désir remonte à 2002, je suis passé à autre chose depuis. Et en faisant autre chose, il fallait que je fasse quelque chose de différent. Je voulais que ce soit une nouvelle création et qui ne puisse pas y avoir de comparaison, ni dans le bon, ni dans le mauvais sens. 

 

Vous serez le 28 mai sur la scène du Festival C’Rock Maïs. The Hyènes en concert ça donne quoi ?

The Hyène en concert ça donne du rock avec deux guitares, une basse et une batterie. Nous proposons un show énergique. Lorsqu’on monte sur scène, c’est quelque chose d’assez spécial. Cinq minutes avant tu te dis « Mais qu’est-ce que je fous-là ? » et dès que tu mets un pied sur scène, tu n’as qu’une seule envie c’est de donner quelque chose aux gens qui soit à la fois de l’énergie, des bonnes chansons, un bon moment à passer. C’est du plaisir, un marathon, c’est presque une sorte de drogue.  

 

Ce Festival permet à des groupes de lycéens de se produire sur scène. Si vous deviez leur donner des conseils, que leur diriez-vous ?

Je leur dirais qu’il faut qu’ils n’attendent rien de personne, il faut qu’ils aient confiance en eux. La musique, ça passe avant tout par la scène. Il faut pouvoir se produire, même sur des petites scènes, il faut jouer, il faut rencontrer les gens. Il ne faut pas attendre que ça tombe du ciel, du ciel il ne tombe que de la pluie. L’image du producteur de concert ou de la maison de disques qui vient chercher un nouveau talent à la sortie d’un concert, ça fait longtemps que ça n’existe plus, malheureusement.  Les groupes doivent avoir quelque chose de spécial à présenter, après le reste, c’est du boulot, du culot et de la chance.

 

Avez-vous un album en préparation ?     

Oui, le troisième album est en préparation. Les morceaux sont déjà bien avancés et si tout se passe bien on devrait l’enregistrer entre l’été et l’automne et il devrait sortir au début de l’année prochaine. On va bien sûr y retrouver la couleur de The Hyènes, ça va rester du rock. Mais on a d’autres envies musicales, d’autres envies de sons, de rythmes donc ça va rester The Hyènes, mais The Hyènes nouvelle mouture, un petit moins classique.

 

The Hyènes sera le 28 mai sur la scène du festival C’Rock Maïs à Messanges.